L'ÂGE DES AIGLES (FIRE & FURY NAPOLEONICS)

L'ÂGE DES AIGLES (FIRE & FURY NAPOLEONICS)

Empire français


Organisation de l'armée

La France fut le principal protagoniste des guerres napoléoniennes. L'armée française était l'instrument avec lequel Napoléon conquit presque toute l'Europe. Il avait hérité d’une machine de combat déjà formidable et l’a transformée en une force militaire plus puissante que le monde ait connue ou qu’elle ait connue depuis de nombreuses années. Avant cette époque, l'armée de Frédéric II de Prusse servait de modèle aux armées d'Europe. Elle fut détrônée par La Grande Armée qui a balayé le continent.

 

TERMINOLOGIE

 

1. Infanterie

Les bataillons d'infanterie de ligne étaient composés de trois types de troupes: les compagnies du centre (fusiliers), les compagnies légères (voltigeurs) et les compagnies d'élite (grenadiers). Les bataillons légers (ou d'infanterie légère) avaient une structure similaire, sauf que leurs compagies du centres étaient composées de chasseurs, leurs compagnies d'élite composées de carabiniers. En général, les termes chasseur, voltigeur, tirailleur et flanqueur désignaient l'infanterie légère, tandis que grenadier et carabinier étaiaient réservés à l'infanterie d'élite. Les termes conscrit et vélite s'appliquaient aux jeunes recrues. Ils étaient généralement attachés à une unité de vétérans jusqu'à ce qu'ils soient formés.

 

2. Cavalerie

 

La cavalerie était divisée en deux groupes d'armes : la lourde et la légère.

 

La cavalerie lourde

Elle était constituée par les armes suivantes :

- Cuirassiers ;

- Carabiniers ;

- Dragons ;

- Grenadiers à cheval.

 

Ces unités formaient généralement une réserve centrale. Ils étaient montés sur de gros et lourds chevaux et utilisés principalement dans les actions de rupture. Cuirassiers et carabiniers portaient des cuirasses en métal qui, dans l'armée française, couvraient à la fois la poitrine et le dos. À l’origine n’étaient pas équipés de cuirasses. En 1809, à leur grand dégoût, ils reçurent une double cuirasse (plastron et dossière). Les grenadiers à cheval étaient l'équivalent des carabiniers dans la garde impériale. Mais eux ne furent jamais équipés de cuirasses. Les dragons se battaient indifféremment à pied ou à cheval. À l'origine, c'était des fantassins et n'utilisaient des chevaux pour se déplacer. Cependant, en 1805, ils servaient de cavalerie moyenne et allaient rarement au combat. Une division à pied fut organisée en 1805-1806 mais elle fut dissoute quand des chevaux prussiens leur furent attribués.

 

La cavalerie légère

Elle comprenait les armes suivantes :

- Hussards ;

- Chasseurs à cheval ;

- Chevau-légers-lanciers.

 

Ces unités étaient généralement utilisées pour menacer les flancs de la position ennemie, harceler ses troupes exposées, éclairer les formations de cavalerie lourde et poursuivre l'ennemi vaincu au cours de sa retraite pour tenter de la transformer en déroute. Hussards et chasseurs à cheval se ressemblaient beaucoup, si ce n'est que les premiers passaient pour bravaches, téméraires et bagarreurs. Mais toujours braves. Les chevau-légers-lanciers ne furent équipés de la lance qu'en 1810. En 1814, furent créés dans la Garde deux armes de type similaire, les éclaireurs et les gardes d'honneur.

 

1805 - 1807

 

Napoléon fut couronné empereur au début de 1805. Il était en paix avec l'Europe, à l'exception de l'Angleterre qui venait de reprendre les hostilités, mettant ainsi fin à la paix d'Amiens. Cependant, ces hostilités étaient jusqu'à présent confinées à la mer. Sous les ordres de Napoléon, on se préparait à une invasion de l'Angleterre par le canal. Il suffisait de commander temporairement la Manche. La flotte de Bruixa été chargé de remplir cette tâche. Ces plans ont été retardés par la création de la troisième coalition et ont finalement été contrecarrés par la victoire écrasante de Nelson à la bataille de Trafalgar. Napoléon chercha sonvengeance contre les alliés continentaux anglais.

 

L'armée française était composée d'unités appartenant à quatre groupes distincts :

A. La garde ;

B. Troupes de ligne ;

C. Troupes hors ligne ;

D. Auxiliaires.

 

A. La garde

En 1805, la garde impériale comprenait trois régiments d'infanterie (grenadiers et chasseurs à pied, marins) et deux régiments de cavalerie (grenadiers et chasseurs à cheval). Dans la plupart des autres armées, l’entrée dans une unité de garde était basée sur le statut social ; dans l'armée française, le soldat candidat devait nécessairement avoir fait plusieurs campagnes et être bien recommandé pour espérer être admis.

 

1. Infanterie de la garde

 

Figure 1. Régiments de grenadiers à pied, chasseurs à pied et marins

 

 

Les régiments de grenadiers et chasseurs avaient deux bataillons de campagne et un bataillon de vélites. Chacune des quatre compagnies des bataillons de campagne comptait 200 hommes et chacune des cinq compagnies du bataillon de vélites en comptait 172. Le régiment des marins comptait un bataillon de cinq compagnies de 120 hommes chacune. Deux régiments de grenadiers et de chasseurs furent ajoutés en avril 1806. En septembre, les deux bataillons de vélite attachés aux régiments des grenadiers devinrent un régiment de fusiliers-grenadiers. En décembre 1806, les deux bataillons de vélites des régiments de chasseurs furent constitués en un régiment de fusiliers-chasseurs. Ces deux nouveaux régiments, dénommés à l'époque "Jeune Garde", seraient plus tard connus sous le nom de "Moyenne garde".

 

Figure 2. Régiments de fusiliers-grenadiers et fusiliers-chasseurs

 

 

Les bataillons de vélites ne furent pas remplacés, de sorte que les régiments de grenadiers et de chasseurs continuèrent à compter chacun deux bataillons organisés comme auparavant. Les nouveaux fusiliers-grenadiers et fusiliers-chasseurs conmprenaient chacun deux bataillons. Chaque bataillon était à quatre compagnies de 120 hommes. Toutes ces troupes participèrent à la campagne de Prusse en octobre 1806. Cependant, aucune ne fut engagée au combat.

 

2. Cavalerie de la garde

Le régiment des chasseurs à cheval comptait cinq escadrons de 200 hommes chacun, tandis que les grenadiers à cheval n'en comptaient que quatre, chacun au même effectif. Attachées à chacun de ces régiments étaient quatre compagnies de vélites. Chaque compagnie comprenait 100 hommes (200 par escadron). Un escadron de mamelouks était rattaché administrativement aux chasseurs à cheval.

 

Figure 3. Régiments de grenadiers et chasseur à cheval de la garde

 

 

En avril 1806, le régiment des dragons de la garde est créé. Initialement, il ne comprenait qu’un seul escadron, mais en 1807, l'effectif du régiment avait été porté à quatre escadrons de 200 hommes chacun, en réduisant les vélites dans chacun des autres régiments à un escadron de 250 hommes. En 1807, ce régiment prit le nom de "Dragons de l'Impératrice". Le 1er Régiment (polonais) de chevau-légers fut formé en mars 1807. Il était également composé de quatre escadrons de 200 hommes. En 1810, cette unité est armée de lances et rebaptisée chevau-légers-lanciers (polonais).

 

3. Artillerie de la garde

En 1806, le régiment d'artillerie à chaval fur organisé. Il se composait de quatre batteries plus un escadron de vélites attaché. Chaque batterie était équipée de quatre canons de 6 livres et de deux obusiers et était mise en oeuvre par un escadron d’une centaine d’hommes. Le régiment d'artillerie à pied ne fut formé qu'en 1808. Au départ, cette unité avait quatre batteries. Leur nombre augmenta à huit en 1810 puis neuf en 1812. Chaque batterie avait six canons (de 6 ou 12 livres) et deux obusiers. Le train pour servir ces batteries était également organisé en deux bataillons avec une compagnie attachée à chaque batterie.

 

B. Troupes de ligne

 

En 1805, les troupes de ligne étaient les suivantes :

Infanterie :

89 régiments d'infanterie de ligne ;

26 régiments d'infanterie légère.

 

Cavalerie :

2 régiments de carabiniers ;

12 régiments de cuirassiers ;

30 régiments de dragons ;

10 régiments de hussards ;

24 régiments de chasseurs à cheval.

 

Artillerie

8 régiments d'artillerie à pied

6 régiments d'artillerie à cheval

16 batteries de siège

15 bataillons d'artillerie

2 bataillons de pontonniers

5 bataillons de sapeurs

9 compagnies de mineurs

17 compagnies d'ouvriers

10 régiments de vétérans

 

1. Infanterie

Les bataillons de ligne se composaient d'une compagnie de voltigeurs, d'une de grenadiers et de sept de fusiliers. Les bataillons légers se composaient d'une compagnie de voltigeurs, d'une de carabiniers et de sept de chasseurs. L'effectif réglementaire des compagnies était de 123 hommes. En pratique, il était rarement atteint, même au début d'une campagne. L’effectif moyen d’une compagnie était de 80 hommes, soit un effectif moyen de 720 hommes pour un bataillon. Les régiments étaient identifiés par un numéro d'ancienneté dans leur arme, ligne ou légère.

 

Figure 4. Régiment d'infanterie de ligne, 1805-1807

 

 

Les régiments de ligne étaient numérotés de 1 à 112, mais les numéros 31, 38, 41, 49, 68, 71, 73, 74, 77, 78, 80, 83, 87, 89, 90, 91, 97, 98, 99, 104, 107, 109, 110 étaient vacants. Les régiments légers étaient numérotés de 1 à 31, avec les numéros vacants 11, 19, 20, 29, 30. Les hommes de petite taille et de caractère indépendant étaient affectés aux régiments légers, car quoique plus agiles, on les considérait inadaptés aux batailles rangées. On les préférait pour les escarmouches et l'action indépendante. Cependant, avec le temps, les différences pratiques entre la ligne et la légère s'estompèrent de plus en plus jusqu'à être semblables.

 

2. Cavalerie

Tous les régiments de cavalerie avaient une organisation semblable à l'exception des régiments de dragons. Chaque régiment comprenait quatre escadrons.

  

 

Chacun des escadrons avait un effectif de 160 hommes. La première compagnie du 1er escadron était la compagnie d'élite. Cette compagnie était l'équivalent de la compagnie de grenadiers d'un bataillon d'infanterie de ligne.

 

Les régiments de carabiniers et de cuirassiers, constituant la cavalerie lourde, étaient regroupés dans des divisions distinctes affectées à la réserve d’armée. Leur fonction était de fournir une force mobile et puissante, capable de percer les lignes ennemies et provoquer la décision favorable dans les cas où celà s'avérait nécesaire.

 

3. Artillerie

L’artillerie avait eu la chance de se trouver complètement réorganisée par Gribeauval peu de temps avant la Révolution. Il avait standardisé les calibres et introduit un nouveau système d'affûts, qui avait produit une artillerie plus légère et plus mobile que la plupart des autres artilleries européennes.

 

L’organisation aux échelons supérieurs à la batterie et la compagnie pour les unités spécialisées était exclusivement administrative et n'avait aucune incidence sur les opérations. Chaque régiment d’artillerie à pied administrait 22 compagnies, tandis que chaque régiment d’artillerie à cheval en administrait six ou sept. Les bataillons du train et les bataillons de pontonniers regroupaient respectivement six à dix compagnies.

 

Chaque compagnie d'artillerie à pied comprenait quatre officiers et 116 artilleurs. Les compagnies du train avaient un officier et 140 artilleurs. Chacune des compagnies mettait en oeuvre une batterie de 6 pièces et 2 obusiers. L’artillerie à pied était de deux types : l’artillerie de campagne et l’artillerie de réserve. Les batteries de campagne utilisaient des canons de 8 livres et des obusiers de 5,5 pouces. Les batteries de réserve utilisaient de leur côté des canons de 12 livres et des obusiers de 10 pouces. Les batteries de campagne étaient généralement assignées aux divisions d'infanterie, tandis que des batteries réserve constituaient laréserve d'artillerie mise à disposition du corps ou de l'armée.

 

Chaque compagnie d’artillerie à cheval comptait 96 canonniers et était équipée de six canons de 4 livres. Ces batteries étaient attachés aux divisions de cavalerie de corps d'armée ou aux corps de cavalerie de réserve.

 

Les unités spécialisées du génie étaient généralement assignées par compagnie (80 à 100 hommes) aux corps ou à l'armée. Dès l'époque de Vauban, les Français étaient passés maîtres dans ce domaine.

 

Enfin, quatre régiments d'artillerie navale avaient été formés. Ils étaient destinées à manier les pièces de marine embarquées et les batteries côtières. Cependant, avec le déclin de la puissance navale française, ces unités devinrent accessoires sinon obsolètes. Les 1er et 2e régiments avaient chacun quatre bataillons tandis que les 3ème et 4ème avaient deux bataillons. Chaque bataillon comprenait quatre compagnies.

 

 

C. Troupes hors-ligne

Ces unités étaient considérées comme faisant partie de l'armée française et étaient généralement dirigées par des officiers français. Elles étaient principalement composées d’anciens officiers et soldats étrangers recrutés dans les territoires sous contrôle français, à l'exception de la Garde de Paris et des Gardes préfectorales.

 

1. Garde de Paris

Ce corps était exclusivement composé de Parisiens. Il y avait deux régiments d'infanterie en tout. Ces régiments ont été créés en octobre 1802 à partir d'anciens combattants. Ils étaient destinés aux garnisons des ports et au service en France. L'effectif réglementaire des compagnies était de 123 hommes, tandis que les escadrons étaient forts de 160 hommes. (voir fig. 7)

 

2. Gardes préfectorales

Chaque préfesture (il y en avait 107) disposait d'une compagnie de réserve, dont les effectifs étaient très variables, allant de 35 à 209 hommes.

 

3. Suisses

Bien qu'occupée par la France, la Suisse avait reprit sa coutume de lui fournir des troupes de mercenaires. Il y avait quatre régiments suisses, chacun composé de quatre bataillons à dix compagnies, savoir une de voltigeurs, une de grenadiers et huit de fusiliers. Chaque compagnie comprenait 100 hommes. Une batterie de 8 était attachée à chaque régiment d’infanterie.

 

 

3. Régiments étrangers

Ces régiments sont les précurseurs de la Légion étrangère, fondée en 1831 par Louis-Philippe. Organisés sur le modèle français, ils étaient composés de réfugiés ou de prisonniers de guerre.

 

A. Régiment La Tour d'Auvergne

Ce régiment fut levé à partir de prisonniers de guerre autrichiens par le comte de La Tour d'Auvergne en 1803.L'unité comprenait deux bataillons.

 

B. Régiment d'Isembourg

De même, ce régiment fut levé en 1803 à partir de prisonniers de guerre prussiens. En 1805 il avait un bataillon de 542 hommes. Sa réputation de tenue au combat sera toujours mauvaise, mais il portera l'un des plus beaux uniformes de la Grande Armée.

 

C. Légion hanovrienne

Elle a été levée en 1803 quand le Hanovre fut envahi par les Français. Il avait un bataillon de 770 hommes.

 

D. Légion irlandaise

Levée en 1803 par les rebelles irlandais après la malheureuse descente de Humbert en Irlande. Il comprenait un bataillon de 521 hommes.

 

4. Les troupes italiennes

Après la première campagne d'Italie, de nombreux Italiens affluèrent pour rejoindre les rangs de l'armée conquérante. Au début, ils ont été placés dans de nouvelles unités distinctes :

 

A. Légion du Midi

Ce régiment à deux bataillons a été formé en 1803 dans le Piémont.

 

B. Tirailleurs corses et tirailleurs du Po

Chacune de ces unités était un régiment à deux bataillons légers organisés sur le modèle français.

 

C. Bataillon valaisan

Cette unité a été élevée dans le Valais, canton stratégique des cols alpins entre la France et l’Italie et était utilisée pour y tenir garnison. Le bataillon comptait quatre compagnies de fusiliers et une compagnie de grenadiers pour un effectif de 450 hommes.

 

L’Italie s’avéra un énorme réservoir de combattants disponibles. En plus de l'armée qui avait été levée lorsque l'Italie était  devenue un royaume vassal de l'Empire, de nombreuses unités françaises y établirent des dépôts de recrutement supplémentaires. Ces unités et leurs zones de recrutement respectives étaient les suivantes :

 

Savoie : 5e, 11e, 23e, 60e, 79e, 81e de ligne ; 8e et 18e légers.

 

Piémont : 2e, 6e, 7e, 10e, 16e, 20e, 29e, 37e, 42e, 52e, 56e, 62e, 67e, 93e, 101e, 103e de ligne ; 1er, 3e, 14e, 22e et 23e légers ; 21e dragons et 26e chasseurs à cheval.

 

Reste de l'Italie : 9e, 35e, 53e, 18e, 19e, 84e, 92e, 106e de ligne ; 7e, 23e, 24e, 28e, 29e, 30e dragons ; 3e, 4e, 6e, 8e, 9e, 23e, 24e, 25e chasseurs à cheval ; 6e hussards.

 

Au fil du temps, ces unités furent  principalement composées d'Italiens.

 

En outre, les 31e léger (Piémont), 111e de ligne (Piémont), 28e chasseurs à cheval (Toscane) étaient recrutées exclusivement en Italie, dans les régions indiquées.

 

5. Bataillon des pionniers noirs

Cette unité a été levée en mai 1803 par des réfugiés noirs d’Égypte et d’Haïti. Le commandement fut donné à Domengo, un favori de Napoléon. Il y avait neuf compagnies de 106 hommes chacune. En août de 1806 le bataillon fut transféré à Naples sous le nom de régiment royal africain, et désigné plus tard sous le nom de 7e de ligne.

 

D. Troupes auxiliaires

Il s'agit de corps de troupes plus grands qu'un régiment et qui combattaient sous le commandement de leurs propres officiers et sous leur propre drapeau. Ils conservaient généralement leur propre organisation bien que certains aient changé pour adopter le modèle français. De plus amples détails sur ces unités sont fournis dans la section de chaque nation. Les Bavarois étaient les seuls auxiliaires en 1805, bien que divers autres états rhénans aient envoyé des contingents à la Grande Armée en 1806 et 1807.

 

E. Structure générale du corps et unités hybrides

Dès 1805, le gros de l'armée française campait le long des côtes de la Manche en vue de la descente en Angleterre. Pendant cette période, la structure de l’armée fut établie et conserva cette organisation quasiment intacte au long des campagnes de l'Empire de 1805 à 1815. L'armée de cette première époque fut organisée en sept corps, dont la structure était plus ou moins identique et conforme au modèle ci-dessous :

 

 

À la reprise des hostilités avec l'Autriche et la Russie, ces corps s'avancèrent sur la route d'Ulm et d'Austerlitz. Au cours de la campagne, Napoléon modifia délibérément le nombre de divisions des corps, les faisant passer de deux à quatre. Ceci pour s'adapter aux capacités inégales des commandants de corps d'armée et pour compliquer les renseignements de l'ennemi.

 

Une unique division (celle d'Oudinot, IIe Corps) fut mise sur pied entièrement à partir des compagnies de grenadiers et de carabiniers prélevées dans les bataillons de garnison. La division était composée de deux brigades à deux régiments chacune. Chaque régiment était à deux bataillons, chacun composé de huit compagnies. L'effectif moyen du bataillon était de 640 hommes.

 

La cavalerie lourde ou de réserve était massée en deux divisions de cuirassiers et carabiniers, quatre divisions de dragons et une division de dragons à pied. Cette dernière était constituée de dragons dont les chevaux avaient été utilisés pour compléter les montures dans d'autres régiments de cavalerie. Plus tard, ces régiments seront remontés avec des chevaux prussiens capturés.

 

La structure typique d'une division de cavalerie est indiquée ci-dessous (Fig. 10). La structure de la division de dragons à pied est illustrée par la figure 11.

 

 

En Italie, les forces françaises sous le commandement de Masséna étaient organisées en cinq divisions d'infanterie, une division de dragons, une division de cuirassiers, une division d'avant-garde et une division d'élite. La structure des divisions d'infanterie, de dragons et de cuirassiers était telle que décrite ci-dessus, sauf qu'un seul régiment de cavalerie légère était rattaché aux divisions d'infanterie. L'effectif des bataillons d'infanterie était de 500 hommes en moyenne. La compagnie de grenadiers de chaque bataillon d’infanterie était utilisée pour former des bataillons de grenadiers réunis. Chaque bataillon de grenadiers déployait trois à quatre compagnies de 100 hommes. Les compagnies de grenadiers étaient prises dans les régiments d'infanterie servant en Italie.

La division d'avant-garde était composée d’une brigade de quatre bataillons de grenadiers réunis et d’une brigade de quatre régiments de cavalerie légère.

 

Pendant les campgnes de 1805 et 1806, l'essentiel de la Grande Armée servit en Allemagne. Pendant ce temps, un grand nombre de conscrits étaient appelés pour remplacer les pertes et créer de nouvelles unités. Napoléon avait prévu plusieurs mesures pour augmenter le nombre de troupes disponibles :

1. Ajouter un troisième bataillon aux régiments d’infanterie ;

2. Porter les compagnies d'infanterie à 140 hommes ;

3. Porter les régiments de cavalerie à cinq escadrons de 200 hommes.

 

Les deuxième et troisième mesures n'ont jamais été mises en œuvre. En décembre 1806, la plupart des troisièmes bataillons avaient été formés dans les dépôts d'infanterie. En fait, de nombreux régiments levèrent un quatrième bataillon.

 

En décembre 1806, l'armée française en Allemagne et en Pologne déployait les forces suivantes :

47 régiments d'infanterie de ligne ;

14 régiments d'infanterie légère ;

2 régiments de carabiniers ;

12 régiments de cuirassiers ;

10 régiments de dragons ;

18 régiments de chasseurs à cheval ;

9 régiments de hussards.

 

Dix-huit des régiments d'infanterie étaient chacun à quatre bataillons.

 

Huit bataillons provisoires furent formés en prenant une compagnie de chacun des troisièmes bataillons dans les régiments servant en Allemagne. On les envoya au front en Pologne où ils furent dissous et répartis dans les régiments pour remplacer Ies pertes.

 

20 régiments d’infanterie provisoires et 11 régiments de cavalerie supplémentaires furent d'autre part levés pour fournir des garnisons et assurer la sécurité des lignes de communications. Ils étaient formés à partir de conscrits amalgamés avec des vétérans pris dans les régiments cantonnés en Allemagne.

 

En faisant appel aux alliés pour des contingents dans la Grande Armée, Napoléon se procura des forces supplémentaires. La Hollande, l'Italie, la Pologne et la Confédération du Rhin nouvellement formée, fournirent de nouvelles unités. Deux divisions d’infanterie française (8 régiments au total) et huit régiments de cavalerie transférés d'Italie en Allemagne furent remplacés par des troupes napolitaines. Les garnisons des ports furent licenciées et leurs effectifs utiliser pour former les nouvelles divisions d'infanterie. Ces garnisons furent partiellement remplacées par des légions de réserve et des unités de conscrits.

 

Par ces dispositions, la Grande Armée compta 11 corps d’Infanterie, plus la Garde et la Réserve de cavalerie. Quatre divisions surveillaient la côte de la mer du Nord et trois camps volants surveillaient la Manche. Ces camps volants consistaient une seule division mais renforcée et interarmes.

 

Après une campagne hivernale indécise, Napoléon infligea une défaite écrasante aux Russes à Friedland au cours de l’été 1807. La fin des combats sur le continent fut entérinnée par la signature du traité de Tilsit en juillet 1807.

 

1807-1809

 

Au cours de cette période de paix relative, Napoléon entreprit des réformes en vue de la réorganisation et du renforcement de ses forces. Ces nouvelles dispositions furent engagées dès 1807, quand il comprit qu'une grande campagne serait nécessaire pour obtenir la paix avec Russie. Ce train de réformes ne fut pas interrompu alors qu'il se tournait de plus en plus vers une intervention en Espagne.

 

1. Infanterie de ligne

Les régiments d'infanterie furent ramenés à quatre bataillons de campagne et un de dépôt, chaque bataillon réduit de neuf à six compagnies dont l'effectif demeura inchangé. (voir fig. 12)

 

 

Le processus de réorganisation fut lent et ne fut achevé qu'en 1809. Les unités opérant dans des régions éloignées furent souvent les dernières à changer. Fréquemment les quatre bataillons de campagne ne servaient pas ensemble et il n'était pas rare de trouver deux à trois bataillons sur un théâtre d'opérations, les autres servant sur un théâtre d'opérations différent. Les dépôts étaient utilisés occasionnellement pour créer de nouveaux bataillons en cas d'urgence.

 

Le nombre des régiments augmenta au cours de cette période par suite l’extension des frontières de la France en Italie et en Hollande, et aussi en convertissant des unités Hors-Ligne en unités de Ligne. La séquence numérique fut étendue plutôt que de remplir les numéros vacants. Le premier de ces nouveaux régiments fut le 113e de ligne, recruté en Toscane.

 

2. Unités Hors-Ligne

Le nombre de ces unités a été considérablement augmenté.

 

A. Légions de réserve

Les légions de réserve furent été créées le 20 mars 1807 dans le but de fournir des unités supplémentaires pour la défense des côtes et des frontières, alors que la Grande Armée opérait en Allemagne. Un premier contingent de cinq légions fut d'abord levé à Lille, Metz, Rennes, Versailles et Grenoble. Chaque légion était commandée par un sénateur.

 

 

L'effectif réglementaire de chaque compagnie était de 160 hommes. La batterie d'artillerie de campagne était organisée de la même manière que l'artillerie de ligne et était équipé avec six canons de 8 et deux obusiers.

 

En 1808, ces légions furent envoyées en Espagne et bientôt suivies de deux légions supplémentaires. Là, elles souffrirent de lourdes pertes. En 1809, les survivants de ces légions servirent à former les 121e et 122e régiments d’infanterie de ligne, chacun à trois bataillons.

 

B. Régiments provisoires

En 1807, il fut ordonné de former des régiments provisoires à partir des dépôts des régiments d'infanterie et de cavalerie cantonnés en Allemagne. Ceux-ci furent initialement assemblés en cinq brigades d'infanterie et quatre de cavalerie (voir fig. 14). Les bataillons d'infanterie étaient organisés à peu près comme leurs équivalents de la ligne. Une division de réserve provisoire fut également formée à Mayence et à Sedan à partir de ces brigades, regroupant un total de 20 régiments. L'effectif réglementaire de chaque bataillon était de 560 hommes. Ces unités servirent en Espagne en 1807 et 1808, où elles subirent une forte attrition. En juillet 1808, le reste de ces régiments d'infanterie fut regroupé dans les 114e et 120e de ligne. Chacune des quatre brigades de cavalerie était modelée sur une arme différente de la cavalerie : une de cavalerie lourde, une de dragons, une de hussards et une de chasseurs. Ces régiments ressemblaient à leur homologues de la ligne. La brigade de cavalerie lourde comprenait des carabiniers (qui n'avaient pas de cuirasses) et des cuirassiers. La plupart de ces unités finirent par être absorbées par les unités de cavalerie de ligne pour compenser leurs pertes en Espagne.

 

C. Chasseurs de Montagne

En août 1808, 34 compagnies de Miquelets sont créées dans les contreforts des Pyrénées. Leur nombre fut ensuite été porté à 40. Ces compagnies étaient organisées en cinq bataillons de huit compagnies de 120 hommes chacune, sur le modèle français. Ils étaient principalement utilisés pour la reconnaissance et l'éclairage, plutôt que pour de vrais engagements.

 

D. Régiments étrangers

Les régiments étrangers suivirent les changements intervenant pour les bataillons de ligne. Chaque régiment était maintenant composé de deux bataillons. En octobre 1806, un régiment à trois bataillons est formé à Leipzig à partir d'ex-prisonniers de guerre prussiens. Par ailleurs, en 1806, la Westphalie fournit un régiment à bataillon unique (572 hommes) et un régiment de chevau-légers à quatre escadrons d'un effectif total de 525 hommes, intégré dans l'armée française.

 

E. ressortissants étrangers

Plusieurs pays alliés furent appelés à fournir les contingents de troupes nécessaires à la politique de Napoléon en Espagne. Ceux-ci combattirent avec le statut d'auxiliaires de l'armée française.

 

Légion (polonaise) de la Vistule

Les troupes polonaises servaient dans l'armée française depuis les guerres de la Révolution. Ces hommes étaient des réfugiés ayant fui la partition de la Pologne par la Russie, la Prusse et l’Autriche en 1795. Jusqu'à la formation du Grand-Duché de Varsovie en 1807, ces troupes consisteront en trois régiments d'infanterie et un régiment de uhlans. Ces régiments étaient organisés sur le modèle français. Les régiments d’infanterie comprenaient chacun initialement trois bataillons, mais ils ont ensuite été ramenés à deux chacun. La légion fut envoyée en Espagne en 1807-1808. En 1809, une deuxième légion fut levée et envoyée à sa suite pour remplacer les pertes subies par la première. Les deux légions furent amalgamées pour former une légion à quatre régiments d'infanterie et un régiment de uhlans.

 

Division polonaise

Cette unité est créée en juillet 1808 à partir des 4e, 7e et 9e régiments du Grand-Duché de Varsovie, avec une batterie d'artillerie et un détachement de sapeurs. L'effectif total de la Légion était de 8.000 hommes. Les unités qui la composaient étaient organisées sur le modèle polonais (voir Pologne). Cette division servit elle aussi en Espagne.

 

Division allemande

Cette unité sera formée en septembre 1808 à partir de contingents de la Confédération du Rhin, en tant que division indépendante mais sous commandement français. Ses unités étaient organisées selon le modèle français.

Composition :

2e régiment de ligne de Nassau (deux bataillons)

4ème régiment de ligne de Baden (deux bataillons)

Regiment hessois Erbprinz (deux bataillons)

Bataillon du Prince Primat (ou bataillon de Francfort)

Régiment hollandais (deux bataillons)

Chasseurs à Cheval de Nassau (un escadron)

Régiment de hussards néerlandais (quatre escadrons), unité qui deviendra plus tard le 11e régiment de hussards français

3 batteries, une badoise,une hessoise et une hollandaise, toutes équipées de pièces françaises.

 

Légion Portugaise

En 1807, le Portugal est occupé par le corps de Junot. L'armée portugaise est dissoute à l'exception de quelques unités qui devant servir avec l'armée française. Celles-ci furent immédiatement dirigées hors du Portugal. Ce contingent était composé de 5 régiments d’infanterie légère et de 2 régiments de chasseurs à cheval, ainsi que de deux batteries d'artillerie de 8.

 

Corps de la Romana

En 1807, l'Espagne accepta de fournir un corps pour servir avec l'armée française au Danemark contre la Suède. Celle-ci était organisée sur le modèle espagnol et servait de force auxiliaire.

Composition :

Régiment d'infanterie Princesa

Régiment d'infanterie Asturias

Régiment d'infanterie Guadalajara

Régiment d'infanterie Zamora

1/Volontarios de Cataluna (infanterie légère)

2/Volontarios de Barcelona (infanterie légère)

Régiment de cavalerie de ligne del Rey

Régiment de cavalerie de ligne Infante

Régiment de cavalerie de ligne Algarve

Régiment de dragons Almansa

Régiment de dragons Villaviciosa

4 batteries.

 

F. Régiment des Pionniers Blancs

Levé en février 1806 avec des prisonniers de guerre autrichiens volontaires, ce régiment avait deux bataillons, chacun à quatre compagnies. Les compagnies servirent séparément dans toute l'Europe jusqu'en 1810, date de sa dissolution.

 

L'Armée d'Espagne

Le système continental, tel que mis en place par les décrets de Berlin et de Milan, tentait de fermer tous les ports européens aux navires et marchandises britanniques. C’était un stratagème économique, conçu par Napoléon comme un des moyens pour forcer l'Angleterre à négocier la paix. Après la défaite de la Russie à Friedland, elle a accepta de mauvaise grâce le système continental. Le Portugal restait l’un des rares pays à ne pas adhérer au système. Napoléon avait l'intention de remédier à la situation.

 

En septembre 1807, le 1er corps d'observation de la Gironde fut assemblé à Bayonne. À l'origine, ce corps devait fournir une garantie contre une possible trahison espagnole. Il s'agissait donc de rejoindre les forces espagnoles pour occuper le Portugal et, si possible, s'emparer de sa flotte à Lisbonne. Le commandement en fut donné à Junot, un vieil ami de Napoléon. Ce corps était formé principalement à partir des camps volants qui étaient restés en France en 1805. Il était composé de trois divisions d'infanterie et d'une division formée d'une brigade de dragons et d'une autre de chasseurs à cheval, toutes deux résultant d'un conglomérat peu homogène de cavaliers pris çà et là. Chaque division de quatre à six régiments était organisée en deux brigades. Ainsi, chaque division contenait un total de sept à dix bataillons ainsi qu'une batterie d'artillerie. Les bataillons étaient encore organisés selon le modèle de 1805 (neuf compagnies) et comptaient en moyenne environ 1.000 hommes. Des unités suisses, piémontaises et hanovriennes venaient compléter ce corps.

 

Lisbonne est occupée le 30 novembre 1807, deux jours après que le prince Jean des Asturies, le souverain portugais, ait embarqué avec la flotte portugaise pour le Brésil. Après l'occupation du Portugal, Napoléon décide de s'emparer de l'Espagne en remplaçant les Bourbon par des Bonaparte. En même temps, de nouveaux corps étaient organisés à partir de troupes de deuxième ligne et entraient en Espagne sous le prétexte de soutenir Junot :

 

Le 2e corps d'observation de la Gironde sous Dupont entra en Espagne en novembre. Il était formé par trois divisions d’infanterie et une division de cavalerie. Les divisions d'infanterie avaient été principalement constituées à partir des légions de réserve et de la Garde de Paris, renforcées par des unités suisses et un bataillon de Marins de la Garde. La division de cavalerie avait deux brigades formées avec cinq régiments de cavalerie provisoires.

 

Le corps d'observation des côtes de l'océan sous Moncey entra à son tour en Espagne en décembre. Il comprenait également trois divisions d’infanterie et une division de cavalerie. Les divisions d'infanterie avaient été formées à partir de régiments d'infanterie provisoires, renforcés par quelques régiments étrangers. La division de cavalerie utilisait le reste des régiments de cavalerie provisoires.

 

Le corps d'observation des Pyrénées, placé sous Mouton, entra en Espagne en janvier 1808. Il comrenait deux divisions d'infanterie et une division de cavalerie. Les divisions d’infanterie étaient composées de ligne, de légions, de bataillons provisoires, suisses et de marche. La cavalerie consistait en deux régiments de chasseurs à cheval et de quelques escadrons de marche.

 

À suivre...

 


01/10/2018
0 Poster un commentaire

Organisation et tactique de l'artillerie française

INTRODUCTION

Quoique l'artillerie fut organisée en régiments, l'unité de manoeuvre tactique était la compagnie, entraînée à mettre en oeuvre tout type de pièces lui étant attribué, et se voyait d'ordinaire dotée d'une "division" à son entrée en campagne. Une division comprenait par exemple dans l'artillerie à cheval 6 pièces tirées par 24 chevaux, 2 affûts de rechange, 14 caissons, 3 chariots, 2 forges, soit au total 27 véhicules et 156 chevaux. Les artilleurs étaient considérés comme troupe d'élite, et touchaient en conséquence la solde correspondante. Ils étaient en moyenne plus grands que leurs camarades fantassins et cavaliers, le service des pièces étant épuisant. Il s'agissait d'un travail rude, non seulement au combat, mais avant et après, car il fallait nettoyer les pièces sans attendre, souillées de poudre après des heures de tir, et entretenir les tubes et les véhicules. Ces derniers nous semblent aujourd'hui solides et robustes, mais des heures de tirs prolongés et des déplacements sur des chemins et des terrains généralement défoncés ou boueux, pouvaient littéralement disloquer les véhicules. Servir les pièces nécessitait de longues heures d'entraînement. La pièce devait être dételée, mise en batterie, pointée à l'estime, le tube "tamponné" (on refoule dans le tube une pièce ronde en bois pour séparer le boulet de la poudre à canon), la gargousse piquée (percée au moyen d'une longue aiguille), l'évent bouché (un artilleur place son doigt recouvert d'un "doigtier " de cuir sur l'évent pour bloquer l'entrée d'oxygène et empêcher ainsi une mise à feu accidentelle), le tube écouvilloné, chargé et finalement mis à feu. La pièce reculait de plusieurs mètres à chaque départ de coup et devait être ramenée en position de tir, la procédure de chargement devant alors être recommencée. Sans aucun doute, les artilleurs devaient faire preuve de méthode et de sang-froid dans la folie ambiante règnant sur une batterie au combat. Les bonnes équipes pouvaient tirer jusqu'à 4 coups par minute, mais la cadence de tir normale était fixée à 2 coups par minute pour les pièces légères, et un seul pour les pièces de 12.

 

1 - LE MOUVEMEMENT DES PIÈCES

Au début des guerres de la Révolution, les équipages militaires n'existaient pas. Ce sont des équipes de civils réquisitionnés, parfois sous contrat de longue durée, qui assuraient le déplacement des pièces, opération non seulement lente et peu commode, mais surtout dangereuse, puisque la lenteur d'un train d'artillerie en faisait une cible de choix pour l'artillerie ennemie. Il arrivait donc que ceux-ci, exposés aux tirs adverses et estimant que les choses devenaient un peu trop dangereuses, décident de déguerpir avec leurs bêtes, abandonnant les canonniers seuls pour déplacer leurs pièces du mieux qu'ils le pouvaient, c'est-à-dire à bras ! Organisée en 1792, l'artillerie à cheval qui était en soi une excellente idée mais pas une innovation puisque Russes et Prussiens en disposaient déjà depuis Chouvalov et Frédéric II, souffrait cependant de sa dépendance aux civils, et pouvait aussi rapidement se retrouver à pied. Le problème perdurera jusqu'à la création du Train des équipages militaire en 1800. Napoleon devenu Premier consul organisa cette arme, qui allait devenir l'excellent Train des équipages de l'artillerie, avec son uniforme distinctif, et son organisation en bataillons. Les companies étaient réparties en temps de guerre dans les compagnies d'artillerie, et habituées à servir ensemble, devinrent des unités d'élite, bien formées au combat. Des trompettes furent également affectés aux compagnies à cheval, et des tambours aux compagnies à pied. Ces musiciens, bien que souvent utilisés au plus fort de l'action au service des pièces pour compenser les pertes, se révélaient très utiles quand il s'agissait de déplacer les batteries. Les chevaux étaient harnachés à deux de front, puis attelés en tandem. Les conducteurs chevauchaient le cheval gauche de chaque paire, contrôlant les deux chevaux jumelés. C'était un travail difficile, réservé à des hommes de bon poids. Les canons de douze étaient attelés à six chevaux, les autres calibres à quatre seulement. Au moins un des caissons d'approvisionnement en projectiles de 12 livres était également attelé à six chevaux, tous les autres n'en ayant que quatre.

 

2 - ORGANISATION DE L'ARTILLERIE ET DE SES SERVICES

L'artillerie française rassemblait l'artillerie à cheval, l'artillerie à pied, les pontonniers, les ouvriers et les armuriers. Le train d'artillerie constituait une arme à part entière et s'associait à l'artillerie pour emploi. Les régiments d'artillerie n'étaient que des structures administratives. À la création de l'arme il y avait huit régiments de vingt compagnies d'artillerie à pied. Napoléon les portera finalement à neuf régiments de vingt-sept à vingt-huit compagnies. Les canonniers à pied marchaient à côté de leurs pièces, étaient armés d'un fusil d'infanterie et d'un sabre briquet. L'artillerie à cheval comprenait six régiments de huit compagnies chacun. Les canonniers à pied marchaient à côté de leurs pièces, tandis que les artilleurs à cheval montaient chacun leur propre cheval, étaient armés d'une paire de pistolets et d'un sabre de cavalerie légère. La Garde impériale disposait de sa propre artillerie, à cheval et à pied. L'artillerie à cheval consistera d'abord en deux compagnies d'artillerie et deux compagnies du Train en 1804, pour devenir un régiment en 1806. Le régiment d'artillerie à pied fut organisé par Drouot en 1808. L'artillerie de la Garde constituait la réserve d'artillerie de la Grande Armée.

 

3 - RÉPARTITION DES PIÈCES

Lorsque les armées révolutionnaires furent organisées de façon permanente en divisions, les corps d'armée n'existaient pas encore. Ils seront institués en 1800, échelon placé entre la division et l'armée. L'artillerie était donc distribuée entre les divisions. Des généraux brillants, tels que Napoléon, Hoche et Moreau, eurent l'idée de se constituer une réserve d'artillerie d'armée à leur usage. Avec l'arrivée des corps d'armée permanents, la réserve d'armée devint une pratique habituelle. Les corps d'armée de l'Armée du Rhin et de l'Armée de réserve dans les campagnes d'Italie et d'Allemagne de 1800, en disposaient. Les états-majors d'artillerie se virent donc confier de nouvelles missions jusqu'alors inconnues. Il leur appartenait de dresser les plans de feux, les déploiements, roulements, mouvements et approvisionnements de cette réserve d'armée. Auparavant, la répartition divisionnaire les court-circuitait du fait de la maîtrise d'emploi que conservaient jalousement les généraux attributaires. Les généraux de corps assignaient des compagnies à leurs divisions, et se ménageaient également une réserve générale, où l'on trouvera systématiquement les batteries de 12 et des batteries de réserve de calibre moindre. Entre 1809 et 1812 apparût une nouveauté, pour l'armée française du moins car pratique courante dans les autres armées européennes, Grande-Bretagne exceptée. La défaite de l'Autriche en 1809 ayant permis de saisir de nombreuses pièces de 3, des compagnies d'artillerie régimentaires furent organisées. On les appelait parfois « pièces de bataillon ». Il en fut attribué généralement deux par compagnie avec les hommes pour les manier et le train pour les tirer. Cette nouveauté ne fut généralement pas couronnée de succès, et comme toutes ces pièces furent perdues en Russie, l'expérience ne fut pas renouvelée. L'intention était de donner aux régiments d'infanterie, dont les effectifs avaient gonflé après la réorganisation de 1808, un surplus de puissance de feu et de pouvoir effectuer des opérations semi-indépendantes. Généralement, il semble que les équipes de ces pièces n'étaient pas trop qualifiés et que ces pièces étaient plus une nuisance qu'un atout. Le général Merle, qui commandait une division du IIe corps d'Oudinot en Russie, remarquait que : "L'artillerie régimentaire a de mauvais conducteurs et de pauvres chevaux. Cette artillerie bloque quotidiennement les routes, empêche la marche de l'artillerie régulière et prive les régiments de soixante-dix à quatre-vingts baïonnettes qui feraient à l'ennemi bien plus de dégâts que ces canons mal servis et qui ne savent pas marcher". Quelques-unes cependant, comme la compagnie du bataillon de Neufchâtel, servaient bien et avec compétence, mais comme les autres, ses pièces furent perdues en Russie et elle ne fut pas reformée pour la campagne de 1813.

 

4 - TACTIQUE

Les tactiques développées et recommandées par Gribeauval et les frères du Teil étaient enseignées en France dans les excellentes écoles d'artillerie. Il n'y avait cependant aucune réglementation officielle régissant son emploi tactique (bien que la Garde en ait publié une pour son usage, mais en en 1812 seulement). Les procédures standard étaient élaborées conjointement par les commandants d'artillerie du corps et les généraux de corps eux-mêmes. Les artilleurs cherchaient généralement à installer leurs batteries sur éminences. Elles ne devaient pas être trop élevées, à peine de créer une zone aveugle considérable devant la position, qui ne pouvait pas être battue par les canons et les laissait vulnérables. Le tir courbe n'était généralement pas utilisé, le risque de toucher les troupes amies étant trop grand. Les fusées d'obusiers étaient généralement peu fiables, et les départs de coups prématurés attiraient l'hostilité des troupes amies. En outre, les conscrits avaient tendance à paniquer dans de telles conditions. L'emploi tactique de l'artillerie française était nettement imprudent. Les pièces étaient regardées comme les dieux de la batterie d'artillerie. Leur perte était aussi grave que la perte d'une aigle. Aussi devaient-ils être « protégés jusqu'à la dernière extrémité », surtout en défense. Toutefois, pour obtenir un avantage décisif, les commandants d'artillerie des corps et des batteries, et Napoléon lui-même, n'hésitaient pas à prendre des risques avec leurs pièces. Les commandants français ne se laissaient pas distraire par les feux de contre-batterie ou « duels d'artillerie ». Leurs cibles prioritaires et quasi systématiques étaient les formations de troupes ennemies, en particulier l'infanterie et de préférence sur les colonnes d'assaut et les carrés. Si l'artillerie ennemie causait des dommages trop importants aux troupes amies, ou si elle contre-battait sensiblement l'artillerie amie, alors les Français massaient leur artillerie en "grandes batteries" contre l'artillerie ennemie, la bombardant soit par feu à volonté, soit par feux de batterie. Les canons accompagnaient les attaques d'infanterie, l'artillerie à cheval accompagnait la cavalerie, se rapprochait de l'ennemi et ouvrait un feu brusque et précis sur les formations adverses.

 

5 - LES MUNITIONS

Les munitions d'artillerie étaient généralement de trois types : boulets pleins, obus explosifs et projectiles antipersonnel. Les boulets étaient efficaces contre les fortifications et les formations compactes. L'effet moral était d'ailleurs plus important que les réels dégâts causés. D'une manière générale, la portée pratique était de onze cents mètres. La portée des boulets pouvait être doublée par ricochets, ce qui était plus efficace en trajectoire basse sur sol dur. Le boulet touchait le sol et rebondissait en reprenant de l'énergie cinétique alongeant sa portée pour frapper la formation ennemie. Le tir était vu par la cible et frappait durement le moral autant qu'il répandait la peur et la panique parmi les soldats les moins aguerris. Le boulet demeurait extrêmement dangereux et destructeur, même en roulant lentement. Il ressemblait à une boule de pétanque lancée mais plus grosse, et arrachait le pied et parfois le mollet de l'imprudent qui s'amusait à vouloir l'arrêter. L'obus était efficace même sur terrain plat, car un obus sifflant pouvait vraiment être très inquiétant même pour des vétérans. Les projectiles antipersonnel étaient les boîtes à mitraille. Elles consistaient à rassembler un grand nombre de balles de fusil surdimensionnées soit dans un sac de toile et maintenues en place par un treillage de corde, soit dans une boîte de fer blanc. Au départ du coup les balles étaient projetées en cône à la manière des plombs d'un fusil de chasse. Ce projectile ne pouvait être efficace qu'à très courte portée, de l'ordre de 50 mètres, afin de préserver la densité des projectils. À telle portée, les artilleurs chargaient deux boîtes dans le canon pour un meilleur effet. Les résultats étaient généralement dévastateurs pour les hommes et les chevaux.

 

CONCLUSION

L'artillerie de la Grande Armée fut progressivement développée pour devenir une arme de décision sur les champs de bataille de l'Empire. Habilement utilisée par des chefs expérimentés au combat dont on ne reverra jamais de semblables. Senarmont, conduisant l'artillerie du 1er Corps au galop à l'intérieur du centre russe de Friedland, renversant 4.000 grenadiers en vingt minutes, faisant avorter une contre-attaque de la cavalerie de la Garde russe pour faire bonne mesure, laissant la moitié de ses artilleurs et le centre russe en lambeaux. Surpris en Espagne dans un défilé avec ses canons par des guérilleros, il ordonnera une attaque de front, de flanc et sur les arrières, culbutant les Espagnols médusés et sauvera son artillerie. Drouot, le « canonnier honnête mais maladroit » menant un assaut d'artillerie à Lützen, la mènera à bout portant du centre allié, puis fera ouvrir le feu à découvert, brisant la ligne alliée et ouvrant la voie à l'attaque de la Garde, transformant une manoeuvre téméraire en une belle victoire. Et Séruzier, surnommé par Napoléon "le père aux boulets", inventeur de la tactique de l'infiltration de batterie : une ou deux batteries à cheval se lancent dans un espace vide du front de l'ennemi, ou sur l'un de ses flancs, le dépassent d'une centaine de mètres, se déploient en batterie sur ses arrières et le foudroient. j'ai déjà essayé, c'est risqué mais çà marche !

The Napoleon Series : février 2001.

 


03/04/2018
0 Poster un commentaire