L'ÂGE DES AIGLES (FIRE & FURY NAPOLEONICS)

L'ÂGE DES AIGLES (FIRE & FURY NAPOLEONICS)

Généralités


Les échelons : de quoi s'agit-il ?

Les échelons, c'est-à-dire les unités dépendant de chaque officier d'un rang de commandement déterminé, composant les armées de cette période, étaient tous organisés selon des règlements semblables. C'est pourquoi les appellations de ces échelons étaient les mêmes. La question se posant souvent aux débutants et parfois même aux joueurs expérimentés, voici une tentative de définition générale de tous les échelons rencontrés pendant les guerres napoléoniennes. Nous évoquerons superficiellement les échelons inférieurs au régiment (bataillon et compagnie) qui n'ont aucune existence dans L'ÂGE DES AIGLES. Les règles de niveau tactique et sub-tactique en traitent généralement avec clarté et compétence.

 

LE RÉGIMENT

Placé au niveau intermédiaire de la chaîne de commandement, le régiment était généralement l'échelon de base des forces armées nationales, composé d'une seule arme : infanterie, cavalerie ou artillerie. Il était aussi l'entité administrative la plus adaptée à la gestion des hommes et du matériel. Le recrutement et les approvisionnements étaient géré par les régiments. Chaque régiment était par exemple en garnison dans une ville, laquelle était le point de destination de tous les conscrits qui avaient reçu leur feuille de route. C'est là qu'ils étaient formés et en temps de guerre, qu'ils attendaient de partir rejoindre leur régiment, formant en attendant un bataillon dit "de dépôt", réservoir de troupes destinées à combler les pertes de leur unité. Dans les régiments de cavalerie, c'est également là qu'étaient stationnés les chevaux de remonte, la remonte étant la réserve de bêtes formées au combat qui attendaient de rejoindre, exactement comme les hommes. Dans les régiments d'artillerie, c'est là qu'étaient stockées les pièces de rechange, les chevaux d'attelage et les personnels formés au service des canons. En campagne, le régiment d'artillerie n'avait pas d'utilité, sinon administrative, car les compagnies d'artillerie ou batteries, opèraient et étaient affectées individuellement un peu partout dans l'armée.

 

Le chef de corps du régiment était en général un colonel. Avant la Révolution française, et dans la plupart des armées monarchiques européennes, le régiment était acheté par un noble qui prenait le titre de colonel, et qui en qualité de propriétaire, avait la charge de son entretien. Celui-ci espèrait ainsi obtenir des faveurs du monarque. Ce système permettait aux monarchies de faire des économies importantes sur l'entretien des troupes. Le colonel-propriétaire ne paraissant pour ainsi dire jamais au régiment, le commandement étant délégué à un lieutenant-colonel, appointé par le colonel-propriétaire pour gérer et commander sur le terrain. Certains régiments étaient mieux entretenus que d'autres, les colonels-propriétaires et les colonels étant plus ou moins généreux avec leur bien, les économies, détournements et malversations étant monnaie courante.

 

En France, à partir de la Révolution, le système fut aboli. Les régiments, baptisés du nom révolutionnaire de "demi-brigade", étaient propriété de la Nation, qui en confiait la gestion à des commissaires des guerres, officiers publics et payeurs du Trésor, qui détennaient les fonds nécessaires, ou estimés nécessaires, à l'entretien des troupes. Napoléon aura toujours des démélés avec ces gens-là, généralement avares, corrompus, escrocs et truands de tout acabit, n'hésitant pas à détourner sans vergogne les fonds publics. Plus d'un y perdra sa tête pendant la Révolution, ou sera fusillé sous l'Empire. Malgré tout, le système perdurera au détriment des pauvres troupiers. Ce qui expliquera la réputation des soldats français : chapardeurs et voleurs, malheureux en guenilles et crevant de faim, réduits à vivre sur le pays. Napoléon fondera du reste le ravitaillement de ses troupes sur la débrouillardise bien connue du soldat français, à défaut de pourvoir compter sur un système logisitique à la hauteur. Partout où passeront les armées françaises, les campagnes seront vidées de tout ce qui ce mange, y compris la viande sur pieds.

 

Les régiments français portaient sous l'Ancien Régime le nom de leur propriétaire, exception faite des "petits vieux", régiments les plus anciens appartenant au roi et portant des noms de provinces (Picardie, Navarre, Champagne, etc). La Révolution leur attribuera des numéros. En Grande-Bretagne, les régiments portaient un numéro et un nom de comté ou de "parrain", généralement un membre de la famille royale ou affilié, parfois le nom du fondateur du régiment (les Anglais sont attachés à la tradition et ces régiments existent toujours). Partout ailleurs, le régiment portait le nom de son colonel et parfois un numéro, mais généralement il n'était pas utilisé. C'est nous aujourd'hui qui utilisons ces numéros plus ou moins officieux, afin d'identifier plus facilement les régiments qui changeaient assez fréquemment de propriétaire et donc de nom. C'était l'un des inconvénients de cette identification nominative. La Russie donnait à ses régiments des noms de villes ou de provinces, et à de rares exceptions des noms de personnes ou d'institutions.

 

LES RÉGIMENTS D'INFANTERIE

Le régiment était constitué de bataillons, en nombre très variable selon le pays et l'année, généralement de 1 à 6. Par exemple, en Grande-Bretagne le régiment ne comprenait en général que deux bataillons, parfois un seul voire même jusqu'à 8. En France on en comptera 3 à 5. Le régiment était commandé au combat par un colonel, un lieutenant-colonel voire un major. Son effectif variait de 500 à 1500 hommes. Les manuels tactiques étaient fondés sur le bataillon et non sur le régiment. C'était le bataillon qui était la pierre angulaire de la manoeuvre sur le champ de bataille.

 

Les bataillons étaient composés de 3 à 10 compagnies. La compagnie était placée sous les ordre d'un capitaine et comprenait de 50 à 200 hommes. La tactique de manoeuvre des compagnies reposait principalement sur les évolutions destinées à délivrer un feu de salve aussi efficace que possible. Les compagnies étaient à leur tour subdivisées en échelons plus petits qui sortent largement du cadre de cet article. Dans la plupart des armées, l'association de deux compagnies était fréquente sur le terrain et était appelée "division", à ne pas confondre avec la division échelon constitutif du corps d'armée.

 

LES RÉGIMENTS DE CAVALERIE

Les régiments de cavalerie étaient organisés en escadrons. Un régiment pouvait en compter 2 à 10, dont l'effectif variait de 60 à 200 cavaliers. L'escadron était l'échelon de manoeuvre tactique de la cavlerie. Le régiment était commandé au combat par un colonel, un lieutenant-colonel voire un major comme dans l'infanterie. L'escadron était normalement commandé par un major ou commandant, et se décomposait en pelotons, dont nous ne parlerons pas, mais qui étaient les équivalents des compagnies dans l'infanterie. Dans la cavalerie aussi, l'association de deux escadrons était fréquente sur le terrain et était appelée "division", comme dans l'infanterie.

 

LES RÉGIMENTS D'ARTILLERIE

Dans l'artillerie, l'unité de manoeuvre tactique était la batterie à pied ou à cheval, qui alignait entre 2 et 12 pièces, organisées pour emploi en sections de 2 à 4. La batterie était servie par une compagnie de canonniers et déplacée par une compagnie du Train d'artillerie. Cette dernière était formée des hommes les moins bien entraînés, les plus robustes, courageux et calmes. Le service du train était particulièrement pénible, la manoeuvre d'un attelage demandant de la force physique et un grand courage pour affronter, souvent à l'arrêt, le bombardement de l'artillerie ennemie, privilégiant les cibles imposantes qu'étaient les caissons de munitions, dont l'explosion causait évidemment de nombreuse victimes. Pendant le temps où la compagnie était mise en batterie pour tirer, les hommes du train se tenaient à l'arrière et souvent, aidaient au service des pièces. En temps de paix, la compagnie du train était réduite à son encadrement. La compagnie d'artillerie au contraire était maintenue à plein effectif. Le but de cette réduction drastique des effectifs était de faire des économies de maintenance. Mobilisée, la compagnie du train était formée de conscrits et affectée à une compagnie d'artillerie pour en assurer le transport. L'usage était courant de désigner l'ensemble batterie + compagnie de canonniers + compagnie du Train par le terme de "compagnie d'artillerie".

 

Au début des guerres de la Révolution, la plupart des armées européennes conservaient la pratique de distribuer des sections de 2 pièces dans les régiments d'infanterie pour augmenter leur puissance de feu. Ces canons régimentaires devaient être manoeuvrables à bras, raison pour laquelle leur calibre était de 3 ou 4 livres. Mais la pratique française d'emploi de l'artillerie en batteries entières pour les regrouper en masse aux points critiques, démontra l'inanité des canons régimentaires. En 1809, l'emploi de l'artillerie en batteries sera universelle. Ce qui n'empêchera pas Napoléon de réintroduire les canons régimentaires pour la campagne de Russie ! L'augmentation du nombre des pièces disponibles le permettait et cette dotation n'impacta en rien celle des corps d'armée.

 

Napoléon utilisa aussi l'artillerie en grandes masses, les "Grandes batteries", capables de délivrer une puissance de feu énorme sur un objectif limité, telle la Grande batterie de Senarmont à Friedland ou celle de Drouot à Waterloo.

 

LES ÉCHELONS SUPÉRIEURS

 

La brigade - La brigade, placée sous les ordres d'un général de brigade, était formée de 2 ou 3 régiments, en général de la même arme. Les brigades devant opérer indépendamment se voyaient dotées d'une batterie d'artillerie. Certaines armées comme la Suède, en raison d'une mission particulière ou de la faiblesse des effectifs engagés, constituaient parfois des brigades rassemblant les 3 armes. La plupart du temps, l'infanterie composait la majorité de l'effectif. Leur mission était en général la reconnaissance ou l'avant-garde, mais pouvait parfois être une opération à mener de façon autonome.

 

La division - Dans la plupart des armées la division, placée sous le commandement d'un général de division, était l'unité de manoeuvre opératique de base. C'est à son niveau que les joueurs de L'ÂGE DES AIGLES doivent penser et réaliser leur plan de bataille. Elle regroupait deux à 4 brigades, généralement de la même arme, appuyées par une batterie d'artillerie. Mais les divisions interarmes étaient monnaie courante.

 

Le corps d'armée - La France fut la première à créer des corps d'armée permanents. Ces grandes unités étaient l'échelon de manoeuvre stratégique ordinaire de Napoléon. Commandés par des maréchaux, les corps d'armées regroupaient 2 à 4 divisions, dont une de cavalerie et une réserve d'artillerie de plusieurs batteries de calibre différents et complémentaires et notamment de 12. Chaque division était accompagnée d'une de ces batteries selon son arme. D'autres armées ne procédaient pas de la même manière. Par exemple les Autrichiens et les Russes préféraient constituer des corps d'infanterie et des corps de cavalerie séparés. Le corps français était une armée miniature capable d'opérer et de combattre seule pendant 24 heures, temps généralement suffisant pour permettre l'arrivée des renforts. Avant l'institution du corps, les armées étaient constituée d'un assemblage de divisions, plus ou moins nombreuses selon la mission.

L'armée - L'armée éatit placée sous les ordres d'un maréchal et constituée de plusieurs corps. Contrairement à toutes les autres nations, la Russie utilisait l'armée comme un échelon opératique regroupant plusieurs corps, et plusieurs armées étaient regroupées sous le commandement d'un généralissime, à Borodino par exemple.

 

La légion - La légion était un échelon supérieur mais d'une structure hybride. Elle pouvait être constituée de très diverses manières, regroupant une ou plusieurs armes réparties en bataillons et/ou régiments. La plupart du temps elle était un groupement de bataillons, escadrons et batteries. Les légions étaient en général recrutées parmi des étrangers qui cherchaient à combattre un ennemi commun avec leur nation d'accueil. Ces légions d'étrangers, formées de volontaires extranationaux qui adhèraient aux principes de 1789 et voulaient combattre aux côtés de l’armée française ou, dans le cas des Polonais par exemple ou des Hanovriens, continuer la lutte contre les puissances qui se s'étaient partagées leur pays. Appararurent ainsi, les légions batave, helvétique, germanique, belge, liégeoise, polonaise, grecque, italique. Mais elles ne resteront pas toujours constituées de leurs nationaux. La légion irlandaise par exemple, constituée en 1803, sera renforcée par 1.800 Polonais en 1806, puis de prisonniers de guerre de nationalités diverses à partir de 1809. Autre exemple : en 1803, le royaume de Hanovre fut envahi par les troupes françaises. L’armée hanovrienne fut dissoute mais de nombreux hanovriens voulaient continuer la lutte contre Napoléon et émigrèrent en Angleterre. Ils furent regroupés en une Légion allemande du Roi (la King's German Legion ou K.G.L.). À sa création, elle comprenait quatre bataillons d’infanterie, deux régiments de dragons et cinq batteries d’artillerie. Ces effectifs continuèrent à augmenter par la suite jusqu'à atteindre leur maximum en 1812, avec 18.000 hommes répartis en deux régiments de dragons, trois de hussards, huit bataillons d'infanterie de ligne, deux d'infanterie légère et six batteries d'artillerie. La K.G.L. était une unité d'élite.

 

Les articles consacrés aux armées nationales reviendront sur le sujet et examineront en détail les structures et tactiques des différentes armes.

 


08/04/2018
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Performances des fusils et des carabines en service

Le fusil était l'arme principale des guerres de la Révolution et de l'Empire. Arme à canon lisse et chargement par la bouche, le fusil avait été introduit au début du XVIe siècle sous forme d'arquebuse puis de mousquet, mais n'atteignit la perfection que vers la moitié du XVIIIe siècle. À cette époque, on avait développé la baïonnette à douille, la platine à silex pour la mise à feu, la baguette en fer ; le tout accompagné de la découverte de sources de nitrates moins coûteuses et des techniques de fabrication de la poudre plus efficaces. Ces progrès amenèrent une très grande efficacité de l'arme. En conséquence, le fusil devint l'arme dominante du champ de bataille, et rendit d'excellents services jusqu'à la guerre de Sécession, dans laquelle il demeura l'arme d'infanterie principale. Néanmoins, le fusil présentait beaucoup d'inconvénients : il était difficle à manipuler, avait une cadence de feu très basse, et était notoirement imprécis.

 

Charger cette arme longue (mesurant de 95 à 150 cm) et lourde (de 4,5 à 7 kg) n'était pas simple. Dans des circonstances idéales, un soldat bien entraîné pouvait tirer jusqu'à 6 coups par minute. Mais au combat, la cadence de tir ordinaire était de 1 à 2 coups par minute. La procédure de chargement s'expliquait plus vite qu'elle ne prenait de temps à réaliser.

 

Le fusil posé verticalement sur le sol, le tireur le maitenait fermement d'une main, et de l'autre prenait une des 50 à 60 cartouches de 30 à 40 grammes, emballées dans une enveloppe cylindrique en papier. Il devait déchirer cette enveloppe du côté où se trouvait la cartouche pour la retenir entre les dents, puis en vider la poudre dans le canon ; mais pas entièrement : il avait besoin d'un peu de cette poudre pour servir d'amorce qu'il plaçait sur la platine, puis rabattait le bassinet. Il versait le reste de la poudre dans le canon en heurtant le sol une ou deux fois de la plaque de couche pour assurer une bonne descente de la charge. Puis il introduisait l'enveloppe en papier et la tassait contre la poudre à l'aide de sa baguette. Enfin il introduisait la balle qu'il tassait contre la bourre. Il rangeait alors la baguette dans le logement prévu sous le canon. L'arme était prête à tirer.

 

 

C'était un processus compliqué. Le règlement britannique par exemple, distinguait 20 temps pour charger le fusil. Il n'y en avait que 12 dans le règlement français. Même sans les tensions générées par l'action, les dangers du champ de bataille et la peur constante, il était facile de commettre des erreurs. En pleine bataille, beaucoup de choses allaient de travers. Renverser une partie de la poudre sur le sol, oublier de bourrer la charge au fond, ou l'ayant fait, oublier de retirer la baguette du canon. La poudre pouvait être mouillée ou le silex usé. Les longs feux étaient fréquents, et il n'était pas rare qu'un soldat, sans même s'en rendre compte dans le feu de l'action, double ou triple accidentellement la charge de son arme, laquelle pouvait lui exploser à la figure. Dans les meilleurs cas, il était inévitable que le canon soit peu à peu encrassé par les résidus de poudre, empêchant le bourrage ; il était nécessaire de le nettoyer après 10 ou 12 coups. Opération totalement exclue en pleine bataille.

 

Dans des conditions idéales, le feu de mousquetterie était imprécis. Il l'était encore plus pendant la bataille. En 1790, l'armée prussienne mena des essais de tir avec son modèle 1782. Les résultats furent peu impresionnants, attendu que la cible, supposée représenter le front d'une compagnie, soit 32 x 1,8 m, consistait en une structure solide couvrant une surface grosso modo 42% plus grande que n'en occuperait la troupe réelle. Qui plus est, les soldats engagés dans ces tests bénéficiaient de conditions idéales, n'ayant pas la crainte des salves de riposte de l'ennemi.

 

 

Un test ultérieur similaire, avec une cible sur la surface de laquelle étaient peints des soldats en ordre serré, montra qu'environ 25% des balles ne touchaient pas la cible. Même les projectiles touchant les figures peintes n'étaient pas nécessairement létaux, car beaucoup frappaient les coiffures, les pans de l'habit, les buffleteries ou d'autres accessoires. Une analyse des combats montre que 15% des munitions tirées, au plus, atteignaient leur cible. La portée jouait un rôle important dans la létalité : au-delà de 100 mètres, les blessures graves ou mortelles étaient très faibles, alors qu'à 50 mètres, les tirs pouvaient avoir des effets dévastateurs. C'est ce genre de conclusions qui dictaient les tactiques d'emploi des armes. La puissance de feu était efficace à condition d'être délivrée en grand volume et sur un front relativement étroit. C'est pour maximiser les effets du feu, que les hommes étaient déployés épaule contre épaule sur deux ou trois rangs. Un régiment de 1.500 fusils, massé en ligne sur plusieurs rangs, permettait de délivrer une salve de 3.000 coups à la minute, promettant en théorie de causer 450 blessures à des portées inférieures à 70 mètres. Néanmoins, certaines études montrent que 6 balles au plus pouvaient être létales. Par ailleurs, 70 mètres sont franchis en moins d'une minute au pas de charge.

 

Bien plus dangereuse était la carabine. C'était une arme à canon rayé, courte et très précise. Les armées en avaient équipé leurs troupes d'infanterie légère, plus rarement des unités de cavalerie. L'arme était mortelle à des distances bien supérieures à celles du fusil. En dépit d'être considérablement plus légère que le fusil, la carabine était plus difficile à entretenir et à manier. Sa cadence de tir était beaucoup plus faible que celle du fusil, en raison de son mode de chargement, exigeant de la précision et un entraînement rigoureux. La balle était enfoncée dans le canon en force, fréquemment à l'aide d'un maillet, pour qu'elle épouse les rayures du canon. Les Britanniques en furent les utilisateurs les plus enthousiastes, malgré son coût élevé. Ils équipèrent des bataillons entiers avec leur model Baker, la première arme à être fabriquée en masse de l'Histoire. Elle était coûteuse en raison de son mécanisme de précision, mais très appréciée de ses utilisateurs, principalement les hommes des 60e et 95e régiments (légers) d'infanterie. Les Français renoncèrent à son utilisation en 1807, par ordre de Napoléon lui-même, qui trouvait cette arme inutilement coûteuse. Mais la plupart des armées continuèrent à en équiper certaines de leurs troupes pour des missions spéciales.

 

Il y a plusieurs aspects intéressants dans la question de la puissance de feu de l'infanterie. Les Britanniques s'en remettaient à un entraînement méticuleux. Les munitions et la poudre étaient de première qualité. En conséquence, leurs soldats étaient capables de délivrer un volume de feu 50% supérieur à n'importe quelle autre armée. Les Russes étaient handicapés par une pléthore d'équipements différents, un entraînement médiocre et insuffisant, de poudres de mauvaise qualité. Et leur goût prononcé pour l'usage de la baïonnette ne plaidait pas en faveur de la puissance de feu. Il résultait de tout celà que les Russes délivraient des salves d'une efficacité bien inférieure aux standards de l'époque, alors que leurs armes à feu, pour peu qu'elles eussent été correctement utilisées, n'étaient pas techniquement moins bonnes que les autres. Les fusils français s'encrassaient plus vite que les britanniques, parce qu'ils utilisaient une poudre plus lourde et moins filtrée. Mais ils étaient plus faciles à réparer si jamais ils étaient sérieusement endommagés, puisque leur canon pouvait être facilement changé. Toutes les armées, bien sur, s'en remettaient à leurs baïonnettes pour le combat rapproché, quoiqu'il apparaisse aujourd'hui clairement que son efficacité était essentiellement psychologique, les pertes causées par les baîonnettes restant faibles. Ardant du Picq démontre dans son livre « Études sur le combat », que dans la presque totalité des cas, les soldats tirent soit trop haut, soit trop bas, et ne visent même pas leur cible ! Et que de deux forces qui avancent l'une vers l'autre, la plus fragile moralement, fait demi-tour avant d'avoir été abordée.

 


18/06/2018
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