L'ÂGE DES AIGLES (FIRE & FURY NAPOLEONICS)

L'ÂGE DES AIGLES (FIRE & FURY NAPOLEONICS)

Coup d'oeil aux tactiques françaises

Sur le champ de bataille, Napoléon n'avait qu'un but : la destruction de l'ennemi. Il préférait se battre offensivement en toutes circonstances, même en position de défense stratégique. Normalement, il engageait l'ennemi avant que ses forces ne soient toutes concentrées sur le champ de bataille, les autres corps marchant encore et jusqu'au soutien des forces fixant l'ennemi sur la ligne de feu. De plus, Napoléon n'avait que deux plans de base, la « bataille de manœuvre » et la « bataille d'usure ». Il les utilisait selon la situation, et changeait avec facilité de l'un à l'autre à mesure que les circonstances tactiques changaient, et même au milieu du combat.

 

La bataille de manœuvre. C'était le plan de bataille préféré de Napoléon. Il se caractérise par une priorité au mouvement, soutenu par des concentrations massives de puissance de feu. Tandis que le corps principal de l'armée retient l'attention de l'ennemi sur son front, des forces puissantes soutenues par une « grande batterie » de dizaines de canons lourds, tombent sur l'un des flancs de l'ennemi, l'écrasent, et enroulent le reste de sa ligne avec la cavalerie, dirigée au plus large pour commencer la poursuite. Normalement, le développement de ce type d'opération exige une certaine supériorité numérique, mais à Auerstadt (14 octobre 1806), le maréchal Davout réussit à envelopper les deux flancs prussiens, malgré une supériorité de ces derniers de 40%. Le principal avantage de ce type de bataille était qu'elle pouvait infliger une défaite majeure à l'ennemi pour un coût minimal, comme à Austerlitz (2 décembre 1805) ou à Friedland (14 juin 1807). Mais les choses pouvaient aussi mal tourner. Un mouvement rapide des réserves de l'ennemi sur ses arrières pouvait contrer aisément la menace. Par ailleurs, une telle tactique contre un ennemi déployé avec de forts appuis naturels sur ses flancs n'aurait pas produit de grand effet. Dans un tel cas, la force brute devait prévaloir.

 

La bataille d'attrition. La bataille d'attrition est un engagement frontal où la puissance de feu est déversée sur l'ennemi en énormes quantités, jusqu'à ce qu'il semble s'affaiblir. De grandes masses d'hommes sont alors portées sur les points de son dispositif apparaissant comme faibles, dans le but de se frayer un chemin à travers ses lignes et réaliser une percée. La victoire est recherchée par le poids de la puissance de feu et de la supériorité numérique. Lorsque l'ennemi s'effondre, des forces supplémentaires sont avancées pour compléter et exploiter la victoire. Une telle bataille est coûteuse, et pas seulement pour le perdant. En effet, le vainqueur peut facilement être vu comme aussi vaincu que le vaincu lui-même. Mais il y a des moments où aucune autre solution n'est envisageable. Napoléon a opté pour la bataille d'attrition dans environ un tiers de ses batailles. Certaines furent des victoires écrasantes comme Wagram (5 et 6 juillet 1809). D'autres furent au mieux des succès marginaux comme Borodino (7 septembre 1812), et d'autres enfin des défaites désastreuses comme la plus retentissante, Waterloo, (18 juin 1815). Il y a tant de choses qui peuvent mal se passer dans une telle bataille. L'ennemi peut s'avérer plus fort ou plus résistant que prévu ; l'infanterie et la cavalerie peuvent être jetées trop tôt dans l'action ; l'ennemi peut aussi avoir un tour ou deux dans son sac, comme les défenses à contre-pente de Wellington. Celui-ci plaçait la majeure partie de ses forces derrière des collines ou des crêtes appropriées, leur évitant le plus gros du feu de l'artillerie française, pour les conserver aussi intactes que possible, puis les engager seulement lorsque l'infanterie et la cavalerie françaises approchaient, une chose qu'il fit avec efficacité à Waterloo, la seule fois où les deux meilleurs généraux de l'époque s'affrontèrent.

 

Il faut remarquer que les plans de bataille ordinaires de Napoléon ne furent possibles que grâce à l'excellence tactique française. Indépendamment du type de bataille qu'il choisit de livrer, Napoléon fit essentiellement usage des mêmes tactiques, héritées de la République, qui avait adopté et paufiné les dernières réformes adoptées par la monarchie. Comme à chaque période de l'histoire, les tactiques utilisées pendant les guerres napoléoniennes furent dictées par la nature des armes disponibles. Tout au long du XVIIIe siècle, l'arme d'infanterie standard était le fusil à canon lisse, chargé par la bouche, à faible cadence de tir et de médiocre précision. L'évolution de la tactique à l'époque avait engendré une controverse acharnée. Dans la décennie précédant la Révolution française, un système tactique remarquablement flexible avait été élaboré. Il sera la source de la formidable supériorité tactique des armées de la France révolutionnaire et impériale. Reflétant les expériences de la guerre de Sept Ans, toutes les variations de ce système combinaient le feu et le mouvement à des degrés divers.

 

L'un des aspects les plus importants de la tactique française était l'utilisation des tirailleurs. Une compagnie, dite de voltigeurs dans chaque bataillon de chaque régiment, était formée comme infanterie légère. Un certain nombre de régiments dits d'infanterie légère, étaient intégralement dédiés à ce rôle. Au début d'une bataille, un "nuage" de voltigeurs se répandait sur le front des troupes et, utilisant les couverts disponibles, maintenait un feu de harcellement contre l'ennemi, en visant particulièrement les officiers et les tambours. Les Autrichiens et les Britanniques utilisaient aussi des troupes légères, mais moindre nombre que les Français. Il arrivait fréquemment qu'un tiers des troupes à la disposition d'un commandant de bataillon ou de régiment soit détaché vers l'avant en tirailleurs, alors qu'il déployait le reste de ses forces en prévision des combats à venir, en utilisant l'un de ses ordres tactiques préférés.

 

La formation en ligne. La ligne ou ordre mince, était la formation habituelle pour le combat prolongé. Les troupes se déployaient sur un large front et sur deux ou trois rangs, permettant à chaque homme de tirer commodément sur l'ennemi. Un régiment de 1.500 hommes déployés en ligne pouvait maintenir un tir de 3.000 coups par minute sur un front d'environ 700 mètres, ce qui rendait la formation idéale pour développer une puissance de feu soutenue et de grand volume. Mais la ligne était très vulnérable aux attaques de flanc, capable de diriger au plus huit à douze coups par minute sur la menace venant de ce côté. De plus, la ligne était mal adaptée aux manœuvres rapides sur le champ de bataille, car il était difficile de maintenir l'alignement en avançant. Il était également tout à fait inutile avec des troupes non-aguerries, car il nécessitait un entraînement que la plupart du temps on n'avait pas le temps de leur prodiguer, et une grande discipline au combat.

 

La colonne. La colonne ou ordre profond, regroupait les hommes en une masse plus longue que large, utilisable par le choc comme un bélier, pour enfoncer l'ennemi. Un régiment en colonne pouvait avoir trois bataillons en masses séparées de plusieurs mètres, de manière à former un bloc régimentaire presque solide, ou des bataillons en colonnes déployés en ligne. Une colonne pouvait se déplacer rapidement dans pratiquement toutes les conditions de terrain ou de combat. Elle présentait l'avantage d'être utilisable par des troupes non-aguerries, car les exigences d'entraînement et de discipline étaient minimes. La colonne était l'outil idéal pour déplacer les troupes rapidement d'une partie du champ de bataille à l'autre, pour briser les formations ennemies après les avoir désorganisées par le feu. Mais elle présentait aussi de graves inconvénients. Elle était incapable de s'engager dans un échange de tirs soutenu, ne pouvant décharger au plus que 50 à 90 coups par minute par son front, et peut-être 40 à 50 sur chacun de ses flancs. De plus, elle constituait une cible facile pour l'artillerie, qui pouvait causer de grands ravages dans la formation.

 

Ordre mixte. L'ordre mixte était un mélange de ligne et de colonne, et les meilleures troupes françaises étaient capables de l'employer avec une grande souplesse. L'ordre mixte impliquait normalement le déploiement d'un régiment alignant un bataillon en ligne entre deux bataillons en colonnes. Le bataillon en ligne fournissait une puissance de feu continue nécessaire pour ramollir l'ennemi, tandis que les deux autres bataillons en colonnes se préparaient à attaquer à la baïonnette au moment opportun. Au combat, un régiment bien entraîné, tel que Napoléon en disposait dans la période 1805-1807, pouvait assez facilement adopter les trois ordres à volonté en fonction des contraintes tactiques. À Auerstadt, la division de Morand changea son déploiement cinq fois en l'espace de cinq heures, passant de la colonne de marche à la ligne de colonnes par bataillon, puis à la ligne proprement dite sur trois rangs, puis au carré. Comme l'infanterie était la reine du champ de bataille, les tactiques des autres armes étaient essentiellement conçues pour la soutenir. Les principales fonctions de l'artillerie par exemple, étaient de préparer l'attaque de l'infanterie en battant les formations ennemies et d'aider l'infanterie en défense par l'écrasement ses forces ennemies montant à l'assaut. Des munitions de types variés étaient disponibles pour permettre à l'artillerie de remplir son rôle efficacement en fonction de la mission qui lui était assignée. Le rôle de la cavalerie sur le champ de bataille était plutôt restreint. Elle était essentiellement utilisée pour attaquer par le choc sous forme de charge, comme un bélier conçu pour briser l'ennemi. C'était pratiquement sa seule fonction tactique, quoique limitée par le carré, formation dans laquelle l'infanterie lui opposait un solide mur de mousquets et de baïonnettes, soutenu par l'artillerie. Quand des carrés étaient enfoncés, c'était la plupart du temps l'oeuvre de la cavalerie. Mais le carré présentait une cible compacte et très vulnérable aux tirs d'artillerie.

 

La tactique française, flexible, était remarquablement efficace. Cependant, son utilisation nécessitait un personnel expérimenté. Tant que les guerres de Napoléon restèrent à la fois courtes et victorieuses, les pertes en hommes ne nuisaient pas sérieusement à la qualité moyenne de la troupe. Grâce à l'amalgame permanent, les unités de vétérans pouvaient facilement absorber de nouvelles recrues et les former au service avec peu de difficultés. Mais après 1807, les guerres se succédèrent à un rythme plus élevé, et les pertes augmentèrent sans cesse. L'aventure espagnole, que Napoléon lance en 1808, entraînera une hémorragie de soldats aguerris qu'il ne peut remplacer et qui s'aggravera au fil du temps. Comme les cadres expérimentés disparaissent les uns après les autres, la qualité globale de l'armée commence à décliner. En 1809, la spécialité française que sont les tirailleurs à commencé son déclin. La finesse tactique céde peu à peu la place à la force brutale, Napoléon doit compter davantage sur les gros bataillons et les masses d'artillerie pour compenser le manque d'expérience des ses soldats. C'est-à-dire privilégier l'ordre profond au détriment de l'ordre mince. À Wagram, il essaye la première colonne massive, un carré de quelque 28 bataillons en colonnes. Il réalise une percée, mais au prix de pertes considérables. Napoléon sera bien forcé de faire usage de colonnes massives avec une fréquence croissante dans les derniers jours de l'Empire. Avec ses vétérans dispersés de Lisbonne à Moscou, c'était le mieux qu'il pouvait faire avec les troupes dépourvues d'expérience qui lui restaient.

 



31/07/2018
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