L'ÂGE DES AIGLES (FIRE & FURY NAPOLEONICS)

L'ÂGE DES AIGLES (FIRE & FURY NAPOLEONICS)

Introduction à l'opératique

Quand un joueur, général en chef, se prépare à déployer son armée sur la table, il ignore la plupart du temps les bases de l'opératique, science de la manœuvre sur le champ de bataille. Les Russes utilisent le terme d' « art opérationnel », mais il s'agit de la même chose. Voyons donc succinctement de quoi il s'agit.

Le déploiement
Une armée se déploie selon un ordre destiné à permettre au général en chef :
1° de disposer d'une armée correctement configurée, susceptible de gagner la bataille ;
2° de distinguer aisément les parties de son armée pour contrôler ce qu'elles font et si elles exécutent leurs missions respectives ;
3° de concevoir un plan qui soit réalisable et qui lui donne la victoire.
Encore faut-il qu'il sache pourquoi il est plus avisé d'aller à la bataille avec un plan que sans. Livrer bataille au petit bonheur, en guettant une occasion favorable sans avoir de plan, c'est la certitude de se faire battre.

Une armée se déploie en général en 4 échelons : un centre, deux ailes et une réserve.

 

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Nous n'entrerons pas ici dans les détails. D'autres articles suivront.
Avec ce déploiement classique, nous allons pouvoir comprendre le sens du mot « manœuvre ».

Dans les schémas qui suivent, l'armée bleue effectue la manœuvre en 4 étapes : l'approche (jaune), l'engagement (vert), la décision (gris) et l'exploitation (bordeaux). Nous reviendrons sur ces étapes dans un autre article.

Les plans de bataille
Depuis l’Antiquité, on a constaté que les plans de bataille appartiennent à 4 grandes catégories : les percées, les débordements, les attaques frontales, les reculs simulés.

1° Les percées

 

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Les percées cherchent la rupture sur un point restreint du front adverse. Elles représentent l’application directe du principe de concentration des forces au point décisif, de préférence le plus faible. Ce point sera souvent l’endroit où deux échelons supérieurs voisinent, entre deux ailes quand il n'y a pas de centre ou entre le centre et une aile, soit un élément de terrain faible par nature (terrain difficile pour l’un mais facile pour l’autre), ou encore un pivot, lieu remarquable autour duquel s’articule une manœuvre (colline, village). Plus rarement ce sera le lieu occupé par une troupe de faible qualité. Mais peu de généraux placeront en première ligne de telles troupes. Une fois la percée réalisée, les troupes échelonnées en profondeur élargissent la brèche et se déversent par la droite et la gauche sur les troupes voisines. Les percées conviennent aux armées disposant de bonnes troupes d’assaut, à celles qui sont dépourvues de troupes montées en nombre suffisant, et dans tous les cas où l’armée adverse est flanquée des deux côtés d’obstacles importants.

2° Les débordements

 

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Les débordements cherchent au contraire à éviter le choc frontal. Tirant parti de leur mobilité supérieure, ou ne disposant pas de troupes très résistantes, les armées qui choisissent ce genre de manœuvre font application du principe de surprise, dont la forme la plus décisive est l’approche indirecte (voir 3° ci-dessous). Il s’agira de réaliser un mouvement enveloppant l’une des ailes (parfois les deux si les effectifs le permettent) pour tomber par surprise sur les arrières de l’armée ennemie. Il n’est rien en effet que ne craignent plus les soldats que de s’apercevoir que l’ennemi survient derrière eux.

 

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L’ordre oblique est une variante de cette manœuvre, qui est utilisée quand une armée, inférieure en nombre mais commandée par un chef dynamique, décide de prendre des risques calculés. En « refusant », c’est-à-dire en échelonnant vers l’arrière et en retraits successifs sa ligne de bataille, elle oblige l’adversaire à parcourir une distance telle que sa supériorité numérique ne lui est d’aucune utilité. Le regroupement d’une masse de décision sur l’une des ailes, grâce à l’économie des forces réalisée sur tout le reste de la ligne de bataille, permet de disposer en général d’un avantage considérable à l’endroit décisif, que l’on perce ou que l’on déborde l’adversaire.

3° L’approche indirecte

 

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L’approche indirecte est une forme stratégique du débordement, qui est apparue dans l’art de la guerre avec les Mongols. Il consiste en réalité à envisager le champs de bataille comme théâtre d’opérations : au lieu de disposer les ailes et le centre à quelques centaines de mètres les uns des autres, c’est à quelques centaines de kilomètres. Au moment du combat, l’ensemble se donne rendez-vous sur le champ de bataille et engage l’ennemi. C’est alors que la réserve, après un périple de plusieurs centaines de kilomètres en totale autonomie, débouche sur les arrières de l’ennemi après avoir ravagé ses villes et saisi ses approvisionnements. Dans ce genre de plan, tout repose sur une parfaite coordination et une non moins parfaite synchronisation des efforts.

4° Les attaques frontales

 

Opératique. 08. Attaque frontale.jpg


Les attaques frontales sont souvent considérées avec mépris parce que primitives. C’est une erreur. D’une part, leur simplicité n’exclue nullement une préparation qui devra être réalisée avec soin. Ensuite, là plus qu’ailleurs des techniques telles que l’infiltration, le harcèlement, la déception et la surprise trouvent leurs plus éclatantes applications. Enfin, on a pas toujours le choix. La position de l’adversaire peut être incontournable et on peut ne pas disposer de troupes adaptées à une percée. L’armée peut aussi être si peu manœuvrable que l’attaque frontale représente un moindre mal.

5° La contre-attaque

 

Opératique. 06. Contre-attaque.jpg


La contre-attaque se fonde sur le constat de faiblesse de sa propre armée. Elle doit s’appuyer sur une position fortifiée, une ligne de redoutes ou de positions aménagées pour résister à l’ennemi, la masquer par un rideau de troupes légères qui vont se replier devant lui. Puis, traversant leurs lignes, rejoignent leurs réserves. L’ensemble entame alors un double enveloppement, tandis que l’ennemi reste accroché par la position défensive. On lui tombe ensuite sur les arrières et sur les flancs, achevant ainsi sa totale déroute. Voilà comment les armées faibles en qualité, en nombre, ou faibles dans les deux domaines peuvent résister à des armées plus fortes. C’est le cas de Wellington à Torres Vedras ou à Waterloo, ou encore des armées arabes du VIIIe au Xe siècles.

 

6° L’infiltration

 

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L’infiltration est une manœuvre en général utilisée par de très petites unités pour tirer parti de conditions de visibilité réduites (neige, nuit, brume) afin d’entrer dans le dispositif de l’ennemi de manière furtive et de l’attaquer de l’intérieur. Mais elle peut également être apparentée à des techniques employées à plus vaste échelle par des armées peu nombreuses, mais solides pour attaquer l’adversaire en de multiples points simultanément. On escompte que sa manœuvrabilité inférieure et une structure inadaptée permettront de prendre l’avantage. Les Romains à partir des réformes de Marius n’utilisaient rien d’autre que cette manœuvre. Et compte tenu de leurs adversaires, elle leur a toujours donné la victoire... sauf contre les Parthes.

7° Le recul simulé

 

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Le recul simulé est en réalité une conception dynamique de la contre-offensive. Utilisée avec la succès que l’on sait par Hannibal à la bataille de Cannes en 216 av. J. C., c’est le modèle de la bataille d’anéantissement. C’est également un moyen pour un joueur doué pour la défense de laisser venir un adversaire peut-être trop impulsif, de le fatiguer puis de le prendre au piège. Notez que si le schéma de cette manœuvre montre une avance des deux ailes, c’est bien parce que cette forme de bataille n’a rien à voir avec les autres. Il s’agit donc d’attirer l’adversaire dans un piège, peut-être sur des positions préparées, dans la variante anglaise.

Vous aurez remarqué la présence d’une réserve dans presque toutes les formes de la manœuvre. C’est après bien des tâtonnements que l’on a compris la nécessité de disposer d’une masse de manœuvre pour faire la décision. Patton avait dit un jour : « Quand vous estimez venu le moment d’engager vôtre réserve, attendez encore une heure ou deux ». Et il semble avoir été dans le vrai, même rétrospectivement. La réserve est la dernière force disponible et intacte dont puisse se servir le général en chef. En principe, elle est constituée pour emporter les dernières forces adverses et avec elles, la décision. Mais il peut arriver que l’imprévu dicte un autre emploi. Par exemple le débouché inopiné d’une force ennemie sur le champ de bataille en cas d’approche indirecte. Ou encore l’échec d’une attaque décisive pour la suite des opérations. Et la réserve n’a pas forcément une apparence conventionnelle. Elle ne se tient pas toujours bien en ordre et clairement délimitée très en arrière de la ligne de front. La réserve peut être constituée par le rang arrière des échelons rangés en ligne les uns à côté des autres. Elle peut aussi ne compter que peu de troupes, mais parmi les meilleures et les plus mobiles. Le nombre est rarement déterminant. Aussi vous prendrez soin de constituer la vôtre avec prudence et dans le cadre du plan que vous aurez choisi. Seuls les meilleurs peuvent se passer de réserve, mais ils ne le font que contraints et forcés.

Je ne saurais trop vous recommander de lire des ouvrages relatant les campagnes des grands chefs de guerre. Le choix de la manœuvre est le point crucial de la partie. Il n’existe aucune recette miracle. Comme l’avait écrit Napoléon : « Tout est opinion à la guerre, opinion sur l’ennemi, opinion sur ses propres soldats... Le premier principe du général en chef est de cacher ce qu’il fait, de voir s’il a les moyens de surmonter les obstacles, et de tout faire pour les surmonter quand il est résolu... A la guerre, comme dans les lettres, chacun a son genre ».

 



07/05/2018
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