L'ÂGE DES AIGLES (FIRE & FURY NAPOLEONICS)

L'ÂGE DES AIGLES (FIRE & FURY NAPOLEONICS)

Organisation et tactique de l'artillerie française

INTRODUCTION

Quoique l'artillerie fut organisée en régiments, l'unité de manoeuvre tactique était la compagnie, entraînée à mettre en oeuvre tout type de pièces lui étant attribué, et se voyait d'ordinaire dotée d'une "division" à son entrée en campagne. Une division comprenait par exemple dans l'artillerie à cheval 6 pièces tirées par 24 chevaux, 2 affûts de rechange, 14 caissons, 3 chariots, 2 forges, soit au total 27 véhicules et 156 chevaux. Les artilleurs étaient considérés comme troupe d'élite, et touchaient en conséquence la solde correspondante. Ils étaient en moyenne plus grands que leurs camarades fantassins et cavaliers, le service des pièces étant épuisant. Il s'agissait d'un travail rude, non seulement au combat, mais avant et après, car il fallait nettoyer les pièces sans attendre, souillées de poudre après des heures de tir, et entretenir les tubes et les véhicules. Ces derniers nous semblent aujourd'hui solides et robustes, mais des heures de tirs prolongés et des déplacements sur des chemins et des terrains généralement défoncés ou boueux, pouvaient littéralement disloquer les véhicules. Servir les pièces nécessitait de longues heures d'entraînement. La pièce devait être dételée, mise en batterie, pointée à l'estime, le tube "tamponné" (on refoule dans le tube une pièce ronde en bois pour séparer le boulet de la poudre à canon), la gargousse piquée (percée au moyen d'une longue aiguille), l'évent bouché (un artilleur place son doigt recouvert d'un "doigtier " de cuir sur l'évent pour bloquer l'entrée d'oxygène et empêcher ainsi une mise à feu accidentelle), le tube écouvilloné, chargé et finalement mis à feu. La pièce reculait de plusieurs mètres à chaque départ de coup et devait être ramenée en position de tir, la procédure de chargement devant alors être recommencée. Sans aucun doute, les artilleurs devaient faire preuve de méthode et de sang-froid dans la folie ambiante règnant sur une batterie au combat. Les bonnes équipes pouvaient tirer jusqu'à 4 coups par minute, mais la cadence de tir normale était fixée à 2 coups par minute pour les pièces légères, et un seul pour les pièces de 12.

 

1 - LE MOUVEMEMENT DES PIÈCES

Au début des guerres de la Révolution, les équipages militaires n'existaient pas. Ce sont des équipes de civils réquisitionnés, parfois sous contrat de longue durée, qui assuraient le déplacement des pièces, opération non seulement lente et peu commode, mais surtout dangereuse, puisque la lenteur d'un train d'artillerie en faisait une cible de choix pour l'artillerie ennemie. Il arrivait donc que ceux-ci, exposés aux tirs adverses et estimant que les choses devenaient un peu trop dangereuses, décident de déguerpir avec leurs bêtes, abandonnant les canonniers seuls pour déplacer leurs pièces du mieux qu'ils le pouvaient, c'est-à-dire à bras ! Organisée en 1792, l'artillerie à cheval qui était en soi une excellente idée mais pas une innovation puisque Russes et Prussiens en disposaient déjà depuis Chouvalov et Frédéric II, souffrait cependant de sa dépendance aux civils, et pouvait aussi rapidement se retrouver à pied. Le problème perdurera jusqu'à la création du Train des équipages militaire en 1800. Napoleon devenu Premier consul organisa cette arme, qui allait devenir l'excellent Train des équipages de l'artillerie, avec son uniforme distinctif, et son organisation en bataillons. Les companies étaient réparties en temps de guerre dans les compagnies d'artillerie, et habituées à servir ensemble, devinrent des unités d'élite, bien formées au combat. Des trompettes furent également affectés aux compagnies à cheval, et des tambours aux compagnies à pied. Ces musiciens, bien que souvent utilisés au plus fort de l'action au service des pièces pour compenser les pertes, se révélaient très utiles quand il s'agissait de déplacer les batteries. Les chevaux étaient harnachés à deux de front, puis attelés en tandem. Les conducteurs chevauchaient le cheval gauche de chaque paire, contrôlant les deux chevaux jumelés. C'était un travail difficile, réservé à des hommes de bon poids. Les canons de douze étaient attelés à six chevaux, les autres calibres à quatre seulement. Au moins un des caissons d'approvisionnement en projectiles de 12 livres était également attelé à six chevaux, tous les autres n'en ayant que quatre.

 

2 - ORGANISATION DE L'ARTILLERIE ET DE SES SERVICES

L'artillerie française rassemblait l'artillerie à cheval, l'artillerie à pied, les pontonniers, les ouvriers et les armuriers. Le train d'artillerie constituait une arme à part entière et s'associait à l'artillerie pour emploi. Les régiments d'artillerie n'étaient que des structures administratives. À la création de l'arme il y avait huit régiments de vingt compagnies d'artillerie à pied. Napoléon les portera finalement à neuf régiments de vingt-sept à vingt-huit compagnies. Les canonniers à pied marchaient à côté de leurs pièces, étaient armés d'un fusil d'infanterie et d'un sabre briquet. L'artillerie à cheval comprenait six régiments de huit compagnies chacun. Les canonniers à pied marchaient à côté de leurs pièces, tandis que les artilleurs à cheval montaient chacun leur propre cheval, étaient armés d'une paire de pistolets et d'un sabre de cavalerie légère. La Garde impériale disposait de sa propre artillerie, à cheval et à pied. L'artillerie à cheval consistera d'abord en deux compagnies d'artillerie et deux compagnies du Train en 1804, pour devenir un régiment en 1806. Le régiment d'artillerie à pied fut organisé par Drouot en 1808. L'artillerie de la Garde constituait la réserve d'artillerie de la Grande Armée.

 

3 - RÉPARTITION DES PIÈCES

Lorsque les armées révolutionnaires furent organisées de façon permanente en divisions, les corps d'armée n'existaient pas encore. Ils seront institués en 1800, échelon placé entre la division et l'armée. L'artillerie était donc distribuée entre les divisions. Des généraux brillants, tels que Napoléon, Hoche et Moreau, eurent l'idée de se constituer une réserve d'artillerie d'armée à leur usage. Avec l'arrivée des corps d'armée permanents, la réserve d'armée devint une pratique habituelle. Les corps d'armée de l'Armée du Rhin et de l'Armée de réserve dans les campagnes d'Italie et d'Allemagne de 1800, en disposaient. Les états-majors d'artillerie se virent donc confier de nouvelles missions jusqu'alors inconnues. Il leur appartenait de dresser les plans de feux, les déploiements, roulements, mouvements et approvisionnements de cette réserve d'armée. Auparavant, la répartition divisionnaire les court-circuitait du fait de la maîtrise d'emploi que conservaient jalousement les généraux attributaires. Les généraux de corps assignaient des compagnies à leurs divisions, et se ménageaient également une réserve générale, où l'on trouvera systématiquement les batteries de 12 et des batteries de réserve de calibre moindre. Entre 1809 et 1812 apparût une nouveauté, pour l'armée française du moins car pratique courante dans les autres armées européennes, Grande-Bretagne exceptée. La défaite de l'Autriche en 1809 ayant permis de saisir de nombreuses pièces de 3, des compagnies d'artillerie régimentaires furent organisées. On les appelait parfois « pièces de bataillon ». Il en fut attribué généralement deux par compagnie avec les hommes pour les manier et le train pour les tirer. Cette nouveauté ne fut généralement pas couronnée de succès, et comme toutes ces pièces furent perdues en Russie, l'expérience ne fut pas renouvelée. L'intention était de donner aux régiments d'infanterie, dont les effectifs avaient gonflé après la réorganisation de 1808, un surplus de puissance de feu et de pouvoir effectuer des opérations semi-indépendantes. Généralement, il semble que les équipes de ces pièces n'étaient pas trop qualifiés et que ces pièces étaient plus une nuisance qu'un atout. Le général Merle, qui commandait une division du IIe corps d'Oudinot en Russie, remarquait que : "L'artillerie régimentaire a de mauvais conducteurs et de pauvres chevaux. Cette artillerie bloque quotidiennement les routes, empêche la marche de l'artillerie régulière et prive les régiments de soixante-dix à quatre-vingts baïonnettes qui feraient à l'ennemi bien plus de dégâts que ces canons mal servis et qui ne savent pas marcher". Quelques-unes cependant, comme la compagnie du bataillon de Neufchâtel, servaient bien et avec compétence, mais comme les autres, ses pièces furent perdues en Russie et elle ne fut pas reformée pour la campagne de 1813.

 

4 - TACTIQUE

Les tactiques développées et recommandées par Gribeauval et les frères du Teil étaient enseignées en France dans les excellentes écoles d'artillerie. Il n'y avait cependant aucune réglementation officielle régissant son emploi tactique (bien que la Garde en ait publié une pour son usage, mais en en 1812 seulement). Les procédures standard étaient élaborées conjointement par les commandants d'artillerie du corps et les généraux de corps eux-mêmes. Les artilleurs cherchaient généralement à installer leurs batteries sur éminences. Elles ne devaient pas être trop élevées, à peine de créer une zone aveugle considérable devant la position, qui ne pouvait pas être battue par les canons et les laissait vulnérables. Le tir courbe n'était généralement pas utilisé, le risque de toucher les troupes amies étant trop grand. Les fusées d'obusiers étaient généralement peu fiables, et les départs de coups prématurés attiraient l'hostilité des troupes amies. En outre, les conscrits avaient tendance à paniquer dans de telles conditions. L'emploi tactique de l'artillerie française était nettement imprudent. Les pièces étaient regardées comme les dieux de la batterie d'artillerie. Leur perte était aussi grave que la perte d'une aigle. Aussi devaient-ils être « protégés jusqu'à la dernière extrémité », surtout en défense. Toutefois, pour obtenir un avantage décisif, les commandants d'artillerie des corps et des batteries, et Napoléon lui-même, n'hésitaient pas à prendre des risques avec leurs pièces. Les commandants français ne se laissaient pas distraire par les feux de contre-batterie ou « duels d'artillerie ». Leurs cibles prioritaires et quasi systématiques étaient les formations de troupes ennemies, en particulier l'infanterie et de préférence sur les colonnes d'assaut et les carrés. Si l'artillerie ennemie causait des dommages trop importants aux troupes amies, ou si elle contre-battait sensiblement l'artillerie amie, alors les Français massaient leur artillerie en "grandes batteries" contre l'artillerie ennemie, la bombardant soit par feu à volonté, soit par feux de batterie. Les canons accompagnaient les attaques d'infanterie, l'artillerie à cheval accompagnait la cavalerie, se rapprochait de l'ennemi et ouvrait un feu brusque et précis sur les formations adverses.

 

5 - LES MUNITIONS

Les munitions d'artillerie étaient généralement de trois types : boulets pleins, obus explosifs et projectiles antipersonnel. Les boulets étaient efficaces contre les fortifications et les formations compactes. L'effet moral était d'ailleurs plus important que les réels dégâts causés. D'une manière générale, la portée pratique était de onze cents mètres. La portée des boulets pouvait être doublée par ricochets, ce qui était plus efficace en trajectoire basse sur sol dur. Le boulet touchait le sol et rebondissait en reprenant de l'énergie cinétique alongeant sa portée pour frapper la formation ennemie. Le tir était vu par la cible et frappait durement le moral autant qu'il répandait la peur et la panique parmi les soldats les moins aguerris. Le boulet demeurait extrêmement dangereux et destructeur, même en roulant lentement. Il ressemblait à une boule de pétanque lancée mais plus grosse, et arrachait le pied et parfois le mollet de l'imprudent qui s'amusait à vouloir l'arrêter. L'obus était efficace même sur terrain plat, car un obus sifflant pouvait vraiment être très inquiétant même pour des vétérans. Les projectiles antipersonnel étaient les boîtes à mitraille. Elles consistaient à rassembler un grand nombre de balles de fusil surdimensionnées soit dans un sac de toile et maintenues en place par un treillage de corde, soit dans une boîte de fer blanc. Au départ du coup les balles étaient projetées en cône à la manière des plombs d'un fusil de chasse. Ce projectile ne pouvait être efficace qu'à très courte portée, de l'ordre de 50 mètres, afin de préserver la densité des projectils. À telle portée, les artilleurs chargaient deux boîtes dans le canon pour un meilleur effet. Les résultats étaient généralement dévastateurs pour les hommes et les chevaux.

 

CONCLUSION

L'artillerie de la Grande Armée fut progressivement développée pour devenir une arme de décision sur les champs de bataille de l'Empire. Habilement utilisée par des chefs expérimentés au combat dont on ne reverra jamais de semblables. Senarmont, conduisant l'artillerie du 1er Corps au galop à l'intérieur du centre russe de Friedland, renversant 4.000 grenadiers en vingt minutes, faisant avorter une contre-attaque de la cavalerie de la Garde russe pour faire bonne mesure, laissant la moitié de ses artilleurs et le centre russe en lambeaux. Surpris en Espagne dans un défilé avec ses canons par des guérilleros, il ordonnera une attaque de front, de flanc et sur les arrières, culbutant les Espagnols médusés et sauvera son artillerie. Drouot, le « canonnier honnête mais maladroit » menant un assaut d'artillerie à Lützen, la mènera à bout portant du centre allié, puis fera ouvrir le feu à découvert, brisant la ligne alliée et ouvrant la voie à l'attaque de la Garde, transformant une manoeuvre téméraire en une belle victoire. Et Séruzier, surnommé par Napoléon "le père aux boulets", inventeur de la tactique de l'infiltration de batterie : une ou deux batteries à cheval se lancent dans un espace vide du front de l'ennemi, ou sur l'un de ses flancs, le dépassent d'une centaine de mètres, se déploient en batterie sur ses arrières et le foudroient. j'ai déjà essayé, c'est risqué mais çà marche !

The Napoleon Series : février 2001.

 



03/04/2018
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