L'ÂGE DES AIGLES (FIRE & FURY NAPOLEONICS)

L'ÂGE DES AIGLES (FIRE & FURY NAPOLEONICS)

Performances des fusils et des carabines en service

Le fusil était l'arme principale des guerres de la Révolution et de l'Empire. Arme à canon lisse et chargement par la bouche, le fusil avait été introduit au début du XVIe siècle sous forme d'arquebuse puis de mousquet, mais n'atteignit la perfection que vers la moitié du XVIIIe siècle. À cette époque, on avait développé la baïonnette à douille, la platine à silex pour la mise à feu, la baguette en fer ; le tout accompagné de la découverte de sources de nitrates moins coûteuses et des techniques de fabrication de la poudre plus efficaces. Ces progrès amenèrent une très grande efficacité de l'arme. En conséquence, le fusil devint l'arme dominante du champ de bataille, et rendit d'excellents services jusqu'à la guerre de Sécession, dans laquelle il demeura l'arme d'infanterie principale. Néanmoins, le fusil présentait beaucoup d'inconvénients : il était difficle à manipuler, avait une cadence de feu très basse, et était notoirement imprécis.

 

Charger cette arme longue (mesurant de 95 à 150 cm) et lourde (de 4,5 à 7 kg) n'était pas simple. Dans des circonstances idéales, un soldat bien entraîné pouvait tirer jusqu'à 6 coups par minute. Mais au combat, la cadence de tir ordinaire était de 1 à 2 coups par minute. La procédure de chargement s'expliquait plus vite qu'elle ne prenait de temps à réaliser.

 

Le fusil posé verticalement sur le sol, le tireur le maitenait fermement d'une main, et de l'autre prenait une des 50 à 60 cartouches de 30 à 40 grammes, emballées dans une enveloppe cylindrique en papier. Il devait déchirer cette enveloppe du côté où se trouvait la cartouche pour la retenir entre les dents, puis en vider la poudre dans le canon ; mais pas entièrement : il avait besoin d'un peu de cette poudre pour servir d'amorce qu'il plaçait sur la platine, puis rabattait le bassinet. Il versait le reste de la poudre dans le canon en heurtant le sol une ou deux fois de la plaque de couche pour assurer une bonne descente de la charge. Puis il introduisait l'enveloppe en papier et la tassait contre la poudre à l'aide de sa baguette. Enfin il introduisait la balle qu'il tassait contre la bourre. Il rangeait alors la baguette dans le logement prévu sous le canon. L'arme était prête à tirer.

 

 

C'était un processus compliqué. Le règlement britannique par exemple, distinguait 20 temps pour charger le fusil. Il n'y en avait que 12 dans le règlement français. Même sans les tensions générées par l'action, les dangers du champ de bataille et la peur constante, il était facile de commettre des erreurs. En pleine bataille, beaucoup de choses allaient de travers. Renverser une partie de la poudre sur le sol, oublier de bourrer la charge au fond, ou l'ayant fait, oublier de retirer la baguette du canon. La poudre pouvait être mouillée ou le silex usé. Les longs feux étaient fréquents, et il n'était pas rare qu'un soldat, sans même s'en rendre compte dans le feu de l'action, double ou triple accidentellement la charge de son arme, laquelle pouvait lui exploser à la figure. Dans les meilleurs cas, il était inévitable que le canon soit peu à peu encrassé par les résidus de poudre, empêchant le bourrage ; il était nécessaire de le nettoyer après 10 ou 12 coups. Opération totalement exclue en pleine bataille.

 

Dans des conditions idéales, le feu de mousquetterie était imprécis. Il l'était encore plus pendant la bataille. En 1790, l'armée prussienne mena des essais de tir avec son modèle 1782. Les résultats furent peu impresionnants, attendu que la cible, supposée représenter le front d'une compagnie, soit 32 x 1,8 m, consistait en une structure solide couvrant une surface grosso modo 42% plus grande que n'en occuperait la troupe réelle. Qui plus est, les soldats engagés dans ces tests bénéficiaient de conditions idéales, n'ayant pas la crainte des salves de riposte de l'ennemi.

 

 

Un test ultérieur similaire, avec une cible sur la surface de laquelle étaient peints des soldats en ordre serré, montra qu'environ 25% des balles ne touchaient pas la cible. Même les projectiles touchant les figures peintes n'étaient pas nécessairement létaux, car beaucoup frappaient les coiffures, les pans de l'habit, les buffleteries ou d'autres accessoires. Une analyse des combats montre que 15% des munitions tirées, au plus, atteignaient leur cible. La portée jouait un rôle important dans la létalité : au-delà de 100 mètres, les blessures graves ou mortelles étaient très faibles, alors qu'à 50 mètres, les tirs pouvaient avoir des effets dévastateurs. C'est ce genre de conclusions qui dictaient les tactiques d'emploi des armes. La puissance de feu était efficace à condition d'être délivrée en grand volume et sur un front relativement étroit. C'est pour maximiser les effets du feu, que les hommes étaient déployés épaule contre épaule sur deux ou trois rangs. Un régiment de 1.500 fusils, massé en ligne sur plusieurs rangs, permettait de délivrer une salve de 3.000 coups à la minute, promettant en théorie de causer 450 blessures à des portées inférieures à 70 mètres. Néanmoins, certaines études montrent que 6 balles au plus pouvaient être létales. Par ailleurs, 70 mètres sont franchis en moins d'une minute au pas de charge.

 

Bien plus dangereuse était la carabine. C'était une arme à canon rayé, courte et très précise. Les armées en avaient équipé leurs troupes d'infanterie légère, plus rarement des unités de cavalerie. L'arme était mortelle à des distances bien supérieures à celles du fusil. En dépit d'être considérablement plus légère que le fusil, la carabine était plus difficile à entretenir et à manier. Sa cadence de tir était beaucoup plus faible que celle du fusil, en raison de son mode de chargement, exigeant de la précision et un entraînement rigoureux. La balle était enfoncée dans le canon en force, fréquemment à l'aide d'un maillet, pour qu'elle épouse les rayures du canon. Les Britanniques en furent les utilisateurs les plus enthousiastes, malgré son coût élevé. Ils équipèrent des bataillons entiers avec leur model Baker, la première arme à être fabriquée en masse de l'Histoire. Elle était coûteuse en raison de son mécanisme de précision, mais très appréciée de ses utilisateurs, principalement les hommes des 60e et 95e régiments (légers) d'infanterie. Les Français renoncèrent à son utilisation en 1807, par ordre de Napoléon lui-même, qui trouvait cette arme inutilement coûteuse. Mais la plupart des armées continuèrent à en équiper certaines de leurs troupes pour des missions spéciales.

 

Il y a plusieurs aspects intéressants dans la question de la puissance de feu de l'infanterie. Les Britanniques s'en remettaient à un entraînement méticuleux. Les munitions et la poudre étaient de première qualité. En conséquence, leurs soldats étaient capables de délivrer un volume de feu 50% supérieur à n'importe quelle autre armée. Les Russes étaient handicapés par une pléthore d'équipements différents, un entraînement médiocre et insuffisant, de poudres de mauvaise qualité. Et leur goût prononcé pour l'usage de la baïonnette ne plaidait pas en faveur de la puissance de feu. Il résultait de tout celà que les Russes délivraient des salves d'une efficacité bien inférieure aux standards de l'époque, alors que leurs armes à feu, pour peu qu'elles eussent été correctement utilisées, n'étaient pas techniquement moins bonnes que les autres. Les fusils français s'encrassaient plus vite que les britanniques, parce qu'ils utilisaient une poudre plus lourde et moins filtrée. Mais ils étaient plus faciles à réparer si jamais ils étaient sérieusement endommagés, puisque leur canon pouvait être facilement changé. Toutes les armées, bien sur, s'en remettaient à leurs baïonnettes pour le combat rapproché, quoiqu'il apparaisse aujourd'hui clairement que son efficacité était essentiellement psychologique, les pertes causées par les baîonnettes restant faibles. Ardant du Picq démontre dans son livre « Études sur le combat », que dans la presque totalité des cas, les soldats tirent soit trop haut, soit trop bas, et ne visent même pas leur cible ! Et que de deux forces qui avancent l'une vers l'autre, la plus fragile moralement, fait demi-tour avant d'avoir été abordée.

 



18/06/2018
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